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De Divo à « Faut pas fâcher » : Zoumana, une vie au service de la scène ivoirienne

Bruno Troupa Gbizié, dit Zoumana, est décédé samedi 22 août 2026 à Abidjan. Du théâtre scolaire de Divo à « Faut pas fâcher », il aura traversé plusieurs décennies de création ivoirienne. Retour sur la vie d’un comédien devenu l’un des visages familiers de toute une génération.

Ouattara Zana Abou
23 août 2026·10 min de lecture·139 vues
De Divo à « Faut pas fâcher » : Zoumana, une vie au service de la scène ivoirienne

★ Points clés

  • •Bruno Troupa Gbizié, dit Zoumana, est décédé le 22 août 2026 à Abidjan.
  • •Il débute par le théâtre scolaire au lycée moderne de Divo.
  • •« Théâtre chez nous » contribue à le révéler au grand public.
  • •« Faut pas fâcher » fait de lui l’un des visages populaires de la télévision ivoirienne.
  • •Victime d’un AVC, il avait vu son état de santé se dégrader depuis 2022.

Zoumana s’en va, une page de la culture ivoirienne se tourne

Il y a des acteurs dont on retient les films. Et puis il y a ceux dont on retient une voix, une manière de jouer, un personnage, une époque entière. Bruno Troupa Gbizié, plus connu sous le nom de Zoumana, appartenait à cette deuxième catégorie.

Le comédien ivoirien est décédé ce samedi 22 août 2026 à Abidjan. Avec lui disparaît l’un des représentants d’une génération qui a construit sa notoriété bien avant l’explosion actuelle des séries africaines, lorsque le théâtre et la télévision nationale constituaient les grandes vitrines des comédiens ivoiriens.

Zoumana n’était pas seulement un acteur de télévision. Son histoire commence sur les planches. Elle passe par Divo, le théâtre scolaire, la télévision, le cinéma, les grandes séries populaires et plusieurs décennies durant lesquelles son visage est devenu familier dans les foyers ivoiriens.

À Divo, les premiers pas d’un futur grand comédien

Avant la télévision et la célébrité, il y a le théâtre scolaire.

Né à Divo, Bruno Troupa Gbizié se fait remarquer très tôt sur les planches. Avec un autre futur grand nom de la scène ivoirienne, Fargass Assandé, il participe au rayonnement du théâtre scolaire du lycée moderne de Divo. Les deux comédiens contribuent alors aux succès de leur établissement dans les compétitions théâtrales.

Cette période est fondamentale pour comprendre le comédien qu’il deviendra. Zoumana appartient à une génération d’acteurs formés par la scène, au contact direct du public. Avant les plateaux de tournage, il fallait apprendre à occuper l’espace, porter une voix, maîtriser un personnage et provoquer une réaction immédiate dans la salle.

Divo devient ainsi le premier chapitre d’une carrière qui va progressivement dépasser le cadre scolaire.

« Théâtre chez nous », la télévision lui ouvre ses portes

À une époque où le théâtre ivoirien connaît une forte popularité, la télévision nationale lui offre une exposition considérable grâce à des émissions consacrées aux arts de la scène.

« Théâtre chez nous » devient notamment une formidable vitrine pour toute une génération. Parmi les jeunes talents révélés au grand public figurent Zoumana, Fargass Assandé ou encore Kouadio Éphrasie. Zoumana y impose progressivement son jeu.Dans l’une des pièces citées par les archives consacrées à cette période, son interprétation d’un domestique attire particulièrement l’attention. Le jeune homme venu du théâtre scolaire commence alors à entrer dans les salons ivoiriens par l’intermédiaire du petit écran. Une nouvelle carrière commence.

1990 : Zoumana passe aussi par le cinéma

Son parcours ne se limite pas aux planches et aux productions télévisées. En 1990, Zoumana apparaît dans « Le Sixième Doigt », film du réalisateur ivoirien Henri Duparc. Cette production s’inscrit aujourd’hui parmi les œuvres marquantes du cinéma ivoirien de cette période. Sa présence dans le film témoigne déjà de sa capacité à évoluer entre différents univers artistiques. Théâtre, cinéma, télévision : Zoumana construit progressivement une carrière transversale. Mais c’est quelques années plus tard qu’une série va définitivement installer son nom dans la culture populaire ivoirienne.

« Faut pas fâcher », la série qui change sa dimension

À partir des années 1990, « Faut pas fâcher » devient l’un des programmes emblématiques de la télévision ivoirienne. Produite par la RTI, cette comédie caricaturale utilise l’humour pour raconter les réalités de la société : famille, couple, comportements sociaux, petites contradictions du quotidien. La série compte des figures comme Adrienne Koutouan, Marie-Louise Asseu, Bleu Brigitte, Jimmy Danger, Oméga David et Zoumana. Pour Zoumana, c’est la consécration populaire.

Pendant des années, il entre régulièrement dans les foyers ivoiriens. « Faut pas fâcher » devient un rendez-vous télévisuel et ses acteurs acquièrent une notoriété qui dépasse progressivement les frontières de la Côte d’Ivoire. À une époque où les réseaux sociaux n’existent pas encore et où l’offre audiovisuelle est beaucoup plus limitée, ces personnages deviennent des célébrités nationales par la seule puissance de la télévision.

Avec Adrienne Koutouan, un duo devenu culte

Impossible d’évoquer Zoumana sans parler d’Adrienne Koutouan.À l’écran, les deux comédiens forment l’un des couples fictifs les plus mémorables de « Faut pas fâcher ». Leur complicité est telle que certains téléspectateurs finiront même par les considérer, à tort, comme un véritable couple dans la vie. Leur force réside dans une mécanique simple : deux comédiens issus du théâtre, capables de se répondre, d’improviser dans l’esprit d’une scène et surtout de rendre crédibles des situations ordinaires. Des années plus tard, Zoumana expliquera que les acteurs travaillaient dans un esprit d’entraide, davantage préoccupés par la réussite collective de la scène que par la concurrence entre comédiens. Ce duo participe largement à son inscription dans la mémoire populaire.

De « Faut pas fâcher » à « Ma Famille » : un visage familier

Zoumana poursuit son parcours dans différentes productions et apparaît également dans « Ma Famille », autre série devenue emblématique de la télévision ivoirienne et africaine. Au fil des années, son nom dépasse alors le personnage. Pour beaucoup d’Ivoiriens, Zoumana appartient à cette génération d’acteurs que l’on reconnaît immédiatement : celle de la télévision familiale, des grandes soirées devant la RTI et des séries dans lesquelles l’humour servait aussi à parler de la société. Son parcours accompagne ainsi une partie de l’histoire de l’audiovisuel ivoirien.

Un homme inquiet pour l’avenir du théâtre

Avec l’âge, Zoumana ne cesse pas de regarder le métier dont il est issu.

En mars 2021, invité sur le plateau de PPLK, il tire la sonnette d’alarme sur la situation du théâtre ivoirien. Le constat est amer : moins de représentations, moins de visibilité dans les médias et surtout moins de mécènes capables de soutenir les productions. Cette prise de parole raconte aussi quelque chose de son parcours. Même devenu une personnalité de la télévision et du cinéma, Zoumana n’avait pas oublié les planches. Le théâtre était son école. Il voyait donc avec inquiétude s’affaiblir l’écosystème qui avait permis à sa génération d’apprendre le métier avant de conquérir le petit écran.

2022, l’AVC qui bouleverse sa vie

Puis vient la maladie. En 2022, le public apprend que Zoumana a été victime d’un accident vasculaire cérébral. L’acteur est immobilisé et son état de santé l’éloigne progressivement de la scène et des écrans.

Le ministère de la Culture se mobilise. Le 4 avril 2022, une délégation se rend à son domicile afin de lui transmettre le soutien des autorités et de l’accompagner dans cette période difficile. Quelques semaines auparavant, le 5 mars 2022, la Côte d’Ivoire avait officiellement honoré son parcours : Zoumana avait été élevé au rang d’Officier dans l’Ordre du Mérite culturel lors de l’ouverture de la 12e édition du Marché des arts du spectacle d’Abidjan, le MASA. Une reconnaissance institutionnelle pour celui qui avait consacré plusieurs décennies aux arts de la scène.

22 août 2026 : le dernier acte

Ce samedi 22 août 2026, la nouvelle tombe.Bruno Troupa Gbizié, dit Zoumana, est décédé à Abidjan. Sa disparition intervient après plusieurs années de problèmes de santé. La ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a salué un « pionnier du théâtre, des séries, du cinéma » et un homme engagé dans la transmission, estimant que la Côte d’Ivoire perdait une véritable icône culturelle. La cause précise de son décès n’était pas officiellement détaillée au moment de la rédaction de cet article.

Plus qu’un acteur, le témoin d’une époque

La disparition de Zoumana raconte finalement davantage que la mort d’un comédien. Elle rappelle une époque où le théâtre scolaire pouvait fabriquer les futures vedettes nationales. Une époque où une émission comme « Théâtre chez nous » constituait une porte d’entrée vers la célébrité. Une époque où « Faut pas fâcher » pouvait réunir des familles entières devant un même écran. Zoumana aura traversé ces différentes périodes. De Divo aux planches, des planches à la télévision, de la télévision au cinéma, puis de « Faut pas fâcher » à la reconnaissance institutionnelle, son parcours épouse une partie de l’histoire culturelle contemporaine de la Côte d’Ivoire.

Les nouvelles générations disposent aujourd’hui de plateformes, de chaînes privées et d’un marché audiovisuel beaucoup plus vaste. Lui venait d’une autre école : celle de la scène, de la troupe et du petit écran national. C’est peut-être là que se trouve son héritage. Zoumana n’était pas seulement l’un des « dinosaures » de la culture ivoirienne. Il faisait partie de ceux qui ont contribué à construire le terrain sur lequel évoluent aujourd’hui les nouvelles générations d’acteurs. Le rideau tombe sur l’homme. Ses personnages, eux, restent dans la mémoire collective.

Chronologie

1990

Participation au film « Le Sixième Doigt » d’Henri Duparc

À partir des années 1990

Succès avec la série « Faut pas fâcher

5 mars 2022

Élevé au rang d’Officier dans l’Ordre du Mérite culturel

2022

Prise en charge après un AVC

Juillet 2024

Nouvelle prise en charge médicale par le ministère de la Culture

22 août 2026

Décès de Bruno Troupa Gbizié, dit Zoumana

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