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Électricité en Côte d’Ivoire : comment consolider les acquis et devenir un hub énergétique régional d’ici 2030 ?

La Côte d’Ivoire s’impose comme un acteur majeur de l’électricité en Afrique de l’Ouest. Mais pour devenir un véritable hub régional, elle doit renforcer la résilience du réseau et accélérer sa transition énergétique.

Moussa OUATTARA
25 août 2026·5 min de lecture·296 vues
Électricité en Côte d’Ivoire : comment consolider les acquis et devenir un hub énergétique régional d’ici 2030 ?
© AxInfos

★ Points clés

  • •Une transformation électrique majeure : la capacité installée est passée de 1 391 MW en 2011 à 3 019 MW en 2024, tandis que l’accès à l’électricité a atteint 98,6 %.
  • •Un leadership régional à consolider : la Côte d’Ivoire exporte déjà son électricité vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, mais la robustesse du réseau et les marges de production restent essentielles.
  • •2030 comme nouveau cap : le PND vise 4 905 MW de capacité installée, 45 % d’énergies renouvelables, une couverture universelle et un réseau plus fiable, moderne et résilient.

Dans toute économie moderne, l’électricité n’est pas seulement une commodité : c’est une infrastructure stratégique qui conditionne la croissance, l’industrialisation et la compétitivité d’un pays. En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire occupe aujourd’hui une place singulière dans cet équilibre énergétique régional. Grâce à des investissements importants depuis le début des années 2010, le pays s’est imposé comme l’un des principaux pôles de production et d’exportation d’électricité de la sous-région.


Les données du Plan National de Développement (PND) 2026-2030 permettent aujourd’hui de mesurer précisément cette transformation. La capacité installée est passée de 1 391 MW en 2011 à 3 019 MW en 2024. Dans le même temps, le taux d’accès à l’électricité a atteint 98,6 % en 2024 et le taux de couverture 95,67 % à fin juin 2025. Le pays a donc quasiment achevé la phase d’extension géographique du réseau, tout en devant désormais relever un défi plus complexe : garantir une électricité disponible, fiable, abordable et durable.

Cette évolution s’accompagne d’ambitions fortes pour 2030. Le cadre de résultats du PND vise notamment une puissance installée de 4 905 MW, une part des énergies renouvelables de 45 % dans le mix, un taux de desserte de 95 % et une couverture électrique universelle.

Cependant, cette position stratégique implique aussi des responsabilités majeures. La stabilité du réseau, la disponibilité des moyens de production, la maintenance des infrastructures, la réduction des pertes, la digitalisation de la conduite et la diversification du mix deviennent centrales.

Cinq points permettent de comprendre les enjeux actuels et les perspectives du système électrique ivoirien.


1. Une transformation énergétique profonde depuis 2010


Depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire a engagé une transformation profonde de son système électrique. Les investissements publics et privés ont permis d’augmenter fortement les capacités de production, tout en étendant les réseaux de transport et de distribution.

Les chiffres du PND 2026-2030 donnent la mesure de cette évolution. La puissance installée est passée de 1 391 MW en 2011 à 3 019 MW en 2024, soit plus du double en treize ans. En 2024, le parc se répartissait entre 1 998 MW de thermique, 991 MW d’hydraulique et 30 MW de solaire, soit environ 66,2 %, 32,8 % et 1 % de la puissance installée. La production brute totale est passée de 6 948 GWh en 2011 à 13 928,28 GWh en 2024.

Cette progression de l’offre s’est accompagnée d’une extension très importante de l’accès à l’électricité. Le taux d’accès, défini dans le PND comme la part de la population vivant dans des localités électrifiées, a atteint 98,6 % en 2024, contre 74 % en 2011. Le taux de desserte, qui mesure la part des ménages effectivement raccordés, s’établissait à 70,8 % en 2024, avec environ 4 587 952 ménages abonnés.

L’électrification territoriale a également connu une accélération remarquable grâce notamment au Programme National d’Électrification Rurale (PRONER). Le nombre de localités électrifiées est passé de 2 851 en 2011 à 8 690 selon le bilan gouvernemental 2011-2025. Le PND indique par ailleurs un taux de couverture de 95,67 % à fin juin 2025, très proche de l’objectif de couverture universelle.

Ces résultats traduisent une évolution profonde : l’électricité est devenue à la fois un outil d’inclusion sociale, un facteur de compétitivité économique et un support essentiel de l’industrialisation du pays.


2. Un pilier de l’intégration énergétique en Afrique de l’Ouest


La Côte d’Ivoire occupe une position stratégique dans l’écosystème électrique ouest-africain. Son réseau est interconnecté avec plusieurs pays de la sous-région et le pays fournit de l’électricité au Ghana, au Burkina Faso, au Mali, ainsi qu’au Liberia, à la Sierra Leone et à la Guinée via l’interconnexion CLSG.

En 2024, les exportations d’électricité ont atteint 730,083 GWh selon le diagnostic du PND 2026-2030. Cette capacité d’exportation illustre le rôle de la Côte d’Ivoire dans la construction d’un marché régional de l’électricité plus intégré, mais elle suppose en contrepartie de disposer en permanence de marges de production suffisantes et d’un réseau de transport robuste.

Les infrastructures ont fortement progressé. En 2024, le réseau de transport haute tension atteignait environ 7 700 km, contre 6 122 km en 2019 selon le PND. Le portail économique officiel recense pour 2024 environ 7 694 km de lignes HT, 34 656 km de lignes moyenne tension et 32 433 km de lignes basse tension. Ces ordres de grandeur confirment l’ampleur des investissements réalisés pour accompagner à la fois la demande nationale et les échanges régionaux.

Cette dynamique doit se poursuivre. La « Dorsale de l’Est », projet de ligne 400 kV reliant quatre postes sur environ 541 km, doit contribuer à évacuer la production thermique du Grand Abidjan vers l’intérieur du pays, faciliter l’intégration des futures centrales solaires du Nord et de l’Est et sécuriser les exportations vers les pays de l’hinterland. En mars 2025, le Gouvernement a annoncé un financement d’environ 39,3 milliards de FCFA pour ce programme.

La Côte d’Ivoire dispose donc d’un véritable avantage régional, mais son leadership ne peut être durable que si la sécurité du système national reste prioritaire par rapport à la seule augmentation des volumes produits ou exportés.


3. Les fragilités persistantes du système électrique


Malgré ces progrès, le système électrique ivoirien reste confronté à plusieurs fragilités structurelles. L’augmentation de la capacité installée ne suffit pas, à elle seule, à garantir la continuité et la qualité de l’alimentation électrique. La performance dépend simultanément de la disponibilité des groupes de production, de la solidité du réseau de transport, de la distribution, des protections, des téléconduites et de la capacité à anticiper la croissance de la demande.

Le PND rappelle notamment qu’à la suite d’incidents sur plusieurs groupes de production, le pays a perdu à un moment donné 653 MW de capacité cumulée, soit environ 21 % de la capacité totale indiquée dans le document. Deux groupes représentant 488 MW restaient encore indisponibles deux ans après. Cette situation montre l’importance de la redondance, de la maintenance et de la réserve de puissance.

La marge de sécurité s’est d’ailleurs réduite : le taux de réserve à la pointe, après avoir atteint 29,05 % en 2022 puis 20,30 % en 2023, s’établissait à 11,4 % à fin juin 2025 selon le PND. Dans son cadre de résultats, le PND fixe une cible de 16 % en 2030.

La qualité de fourniture reste également un indicateur essentiel. Le Temps de Coupure annuel Moyen est passé de 47,25 heures en 2011 à 26,13 heures en 2024. L’amélioration est réelle, mais la poursuite de la réduction des coupures reste déterminante pour les ménages, les services publics et surtout les activités industrielles.

À ces contraintes techniques s’ajoute une question économique. Le secteur reste fortement dépendant de la production thermique au gaz. Cette dépendance expose les coûts de production aux tensions sur l’approvisionnement et sur les prix des combustibles. Le PND souligne ainsi les déficits financiers enregistrés au début des années 2020 et la nécessité d’améliorer durablement l’efficacité technique et financière du système.


4. Les conditions pour devenir un véritable hub énergétique


L’ambition de faire de la Côte d’Ivoire un véritable hub énergétique régional repose désormais sur un équilibre entre augmentation de la production, diversification du mix, robustesse des réseaux et performance opérationnelle.

La première condition est la diversification. En 2024, environ deux tiers de la puissance installée reposaient encore sur le thermique. Le PND 2026-2030 fixe une trajectoire beaucoup plus ambitieuse pour les énergies renouvelables : leur part dans le mix doit atteindre 45 % en 2030, contre une base de 34 % retenue dans le cadre de résultats pour 2024. La centrale solaire de Boundiali illustre cette transition : après une première phase de 30 MW, l’installation a atteint 83,5 MW avec son extension, selon le Gouvernement en janvier 2026.

Le gaz conservera néanmoins un rôle majeur de transition et de flexibilité. La centrale à cycle combiné d’Atinkou, d’une puissance installée de 390 MW, contribue déjà à renforcer le parc thermique. En juin 2026, le Gouvernement a également annoncé le financement de la future centrale à cycle combiné de Songon, d’une capacité prévue de 372 MW, pour un financement annoncé de 342,129 milliards de FCFA.

La deuxième condition est le renforcement du réseau. Le cadre de résultats du PND prévoit de porter le linéaire HTB de 7 700 km en 2024 à 8 506 km en 2030. Pour la distribution, les objectifs atteignent 42 164 km de lignes HTA et 41 394 km de lignes BT en 2030. Ces investissements seront indispensables pour évacuer les nouvelles productions, réduire les congestions et accompagner l’urbanisation ainsi que l’industrialisation.

Enfin, la transformation du système passe par sa digitalisation. Le PND fixe des objectifs de disponibilité des télésignalisations de 90 % et des télémesures de 88 % en 2030. Ces indicateurs sont essentiels pour améliorer l’observabilité du réseau, accélérer la détection des incidents et renforcer la conduite en temps réel.

 


5. Les solutions pour renforcer la résilience du système électrique


La résilience du système électrique ivoirien devra reposer sur plusieurs leviers complémentaires.

Le premier est l’anticipation des besoins. Le PND prévoit une puissance totale installée de 4 905 MW en 2030, contre 3 019 MW en 2024, soit une hausse programmée d’environ 62 %. Cette augmentation devra être coordonnée avec les besoins réels de consommation, les capacités du réseau et les engagements d’exportation afin d’éviter que la croissance de la production ne soit déconnectée des infrastructures permettant de l’acheminer.

Le deuxième levier concerne la fiabilité et la maintenance des réseaux. Le PND vise une disponibilité de 100 % des lignes et postes HTB à l’horizon 2030, tout en cherchant à ramener les pertes techniques de 15 % en 2023 à 10 % en 2030. La maintenance préventive, le renouvellement des équipements critiques, la modernisation des protections et l’amélioration des systèmes de téléconduite devront donc être considérés comme des investissements stratégiques.

Le troisième levier est l’amélioration de l’accès effectif. La quasi-généralisation de la couverture géographique ne signifie pas encore que tous les ménages sont raccordés. Le PND retient un taux de desserte d’environ 70 % en 2024 et vise 95 % en 2030. Le prochain défi n’est donc plus seulement d’amener le réseau dans les localités, mais de rendre le raccordement et le service électrique réellement accessibles aux ménages.

Le quatrième levier est la diversification bas-carbone. L’augmentation du solaire, de l’hydroélectricité et d’autres énergies renouvelables devra être accompagnée par des moyens de flexibilité, une meilleure prévision de la production, des renforcements de réseau et, lorsque cela est techniquement et économiquement pertinent, des solutions de stockage.

Enfin, la maîtrise de la demande doit compléter les investissements dans l’offre. Le PND indique que le programme de maîtrise de la demande d’électricité peut permettre d’économiser en moyenne l’équivalent de 50 MW par jour sur sa durée. Dans un système où la réserve à la pointe s’est resserrée, l’efficacité énergétique devient donc un véritable outil de sécurité du réseau.


Consolider les acquis pour réussir le cap de 2030

La Côte d’Ivoire a réalisé en un peu plus d’une décennie une transformation électrique majeure : capacité installée portée de 1 391 MW en 2011 à 3 019 MW en 2024, accès à l’électricité proche de 99 %, extension rapide des réseaux et maintien d’une fonction d’exportateur régional.

Le PND 2026-2030 marque toutefois un changement d’échelle. À l’horizon 2030, le pays vise notamment 4 905 MW de capacité installée, 45 % d’énergies renouvelables dans le mix, 8 506 km de lignes HTB, une couverture électrique de 100 % et un taux de desserte de 95 %. Ces objectifs montrent que le prochain cycle ne sera pas seulement celui de l’électrification, mais celui de la qualité, de la résilience et de l’efficacité du système.

Le véritable enjeu est désormais de faire évoluer simultanément tous les maillons de la chaîne de valeur : production, transport, conduite du système, distribution et consommation. Le développement de nouvelles centrales n’aura de pleine valeur que si le réseau peut transporter l’énergie avec fiabilité, si les équipements sont correctement maintenus, si les pertes diminuent et si les consommateurs peuvent effectivement accéder à une électricité abordable et de qualité.

C’est à cette condition que la Côte d’Ivoire pourra consolider son rôle de pôle énergétique majeur en Afrique de l’Ouest : non pas uniquement par la puissance installée, mais par la capacité de son système électrique à être fiable, moderne, interconnecté, financièrement soutenable et progressivement décarboné.

.........

Moussa OUATTARA pour AxInfos.
Ingénieur spécialisé en réseaux d’énergie électrique

Sources

  • République de Côte d’Ivoire, Plan National de Développement (PND) 2026-2030, Diagnostic stratégique et Cadre de résultats, 2026.

  • Direction Générale de l’Énergie / Portail d’Informations et de Promotion de l’Économie de Côte d’Ivoire, « Électricité », données 2024.

  • Gouvernement de Côte d’Ivoire, « Énergie renouvelable et efficacité énergétique : financement de la Dorsale de l’Est », 12 mars 2025.

  • Gouvernement de Côte d’Ivoire, « Énergie : la Côte d’Ivoire renforce son mix énergétique avec une centrale solaire à Boundiali », 19 janvier 2026.

  • ATINKOU, données officielles de la centrale à cycle combiné de Jacqueville : 390 MW.

  • Gouvernement de Côte d’Ivoire, annonce du financement de la centrale thermique à cycle combiné de Songon : 372 MW, 2 juin 2026.

  • Résumé du rapport d’activité 2023 de l’Autorité Nationale de Régulation du Secteur de l’Électricité de Côte d’Ivoire (ANARE-CI).

Chronologie

2011

1 391 MW de puissance installée et un taux d’accès à l’électricité de 74 %.

2024

3 019 MW de capacité installée, 98,6 % d’accès à l’électricité et 13 928,28 GWh de production brute.

Juin 2025

Taux de couverture électrique de 95,67 % et taux de réserve à la pointe de 11,4 %.

2025-2026

Accélération des investissements avec la Dorsale de l’Est, l’extension de la centrale solaire de Boundiali et le projet de centrale de Songon.

2026-2030

Nouveau cycle du Plan National de Développement consacré notamment à la résilience, à la diversification et à la modernisation du système électrique.

2030

Objectif de 4 905 MW de capacité installée, 45 % d’énergies renouvelables, 100 % de couverture électrique et 95 % de desserte.

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