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Et si la vraie richesse de la Côte d’Ivoire était sa nouvelle génération ?

Au-delà du cacao, des infrastructures et de la croissance, la Côte d’Ivoire pourrait trouver dans sa jeunesse, ses compétences et sa capacité à entreprendre l’une de ses principales richesses de demain.

YASMINE MEITÉ
24 août 2026·4 min de lecture·464 vues
Et si la vraie richesse de la Côte d’Ivoire était sa nouvelle génération ?
© AxInfos

★ Points clés

  • •Une économie qui change de visage
  • •Le défi n’est plus seulement d’entreprendre, mais de grandir
  • •Le pari de 2030 repose sur le capital humain

La richesse d’un pays se raconte souvent de deux manières : celle qu’on peut compter, et celle qu’on ne fait encore que pressentir.

Celle de la Côte d'Ivoire s'est longtemps racontée dans sa terre : dans le cacao, qui a fait d'elle le premier producteur mondial, dans le café, dans ses ports ouverts sur le monde et, plus récemment, dans les routes, les ponts et les grands ouvrages qui ont redessiné son territoire.

Elle se raconte aussi dans les chiffres. Après une croissance moyenne soutenue au cours de la décennie 2010, l'économie ivoirienne a continué de résister aux chocs successifs : elle a progressé de 6 % en 2024 et de 6,5 % en 2025, selon la Banque mondiale, portant le PIB à près de 100 milliards de dollars ; une trajectoire remarquable dans un contexte international marqué par les suites de la pandémie, les tensions géopolitiques et le resserrement des conditions financières.

Cette histoire est vraie. Mais elle est peut-être devenue incomplète.

Car derrière les performances que l’on mesure, une autre richesse prend forme. Elle se lit moins facilement dans les statistiques, mais de plus en plus dans la manière dont une nouvelle génération envisage sa place dans l’économie. Quelque chose évolue dans ses aspirations, dans les possibilités qui s’offrent à elle et, surtout, dans la place qu’elle entend y occuper.

C’est peut-être là que se dessine l’un des changements les plus intéressants de la Côte d’Ivoire contemporaine.


Quand la croissance change de visage


Pendant longtemps, la question de la jeunesse a surtout été posée en termes d’emploi : comment absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail ? La question demeure essentielle. Mais elle en appelle désormais une autre : et si une partie de cette jeunesse n’était plus seulement une population à insérer dans l’économie, mais une force capable de la transformer ?

Ce déplacement du regard n'est pas anodin. Une économie moderne ne se construit pas uniquement par l'accumulation d'infrastructures et de capital ; elle dépend aussi de sa capacité à faire émerger des compétences, à favoriser l'innovation et à permettre à une idée de devenir une activité viable.

La Côte d'Ivoire reste une puissance agricole et le cacao demeure un pilier essentiel de son économie. Mais son paysage se diversifie : les services prennent davantage de place, le numérique s'installe dans les usages et de nouveaux marchés apparaissent autour des technologies, de la logistique ou de l'économie verte. Le numérique en offre une illustration nette : il représente entre 6 et 8 % du PIB ivoirien et abaisse certaines barrières qui limitaient autrefois l'entrée dans l'activité économique. Aujourd’hui, apprendre, commercialiser un produit ou toucher un client ne suppose plus toujours de disposer, dès le départ, d'un capital important.

Ce qui change également, c'est la place accordée à la jeunesse dans la stratégie de développement du pays. Le Programme Jeunesse du Gouvernement 2026-2030 vise 5,3 millions de jeunes et place au premier rang la formation, l'insertion professionnelle et la promotion de l'entrepreneuriat. C’est une ambition qui dépasse la seule recherche d'un emploi. Former une personne pour qu'elle trouve sa place dans l'économie est nécessaire ; lui permettre d'en créer une nouvelle l'est tout autant.

C'est ici que l'action publique trouve sa juste place. Un gouvernement ne décrète ni l'ambition ni l'imagination, mais il peut créer un environnement dans lequel elles ont davantage de chances de produire quelque chose. C'est la logique du projet GENIE, lancé en 2025 pour former 45 000 jeunes aux compétences numériques et à l'entrepreneuriat vert d'ici 2027, et des programmes Ivoire Tech Next 15 et Ivoire Tech Scale Up, lancés en juillet 2026 pour accompagner startups et PME numériques.

Car faire naître des entrepreneurs est une chose. Faire grandir des entreprises en est une autre.


De l'envie d'entreprendre à la capacité de bâtir


Cette distinction est au cœur du défi qui attend désormais la Côte d'Ivoire. Une économie ne se transforme pas durablement par la seule multiplication de petites initiatives, mais lorsque certaines d'entre elles parviennent à se structurer, à embaucher et à conquérir des marchés plus vastes.

Mais l’envie d’entreprendre se heurte encore à un verrou majeur : le financement, cité comme premier obstacle à la croissance par 78 % des PME interrogées par le ministère en charge de la Transition numérique, aux côtés des besoins en gouvernance, en compétences de gestion et en accès aux marchés.

Les programmes Ivoire Tech Next 15 et Ivoire Tech Scale Up ciblent précisément cette étape : trente entreprises doivent bénéficier, pendant vingt-quatre mois, d'un accompagnement sur la gouvernance, l'accès aux financeurs et l'expansion régionale dans l'UEMOA et la CEDEAO. Pendant longtemps, les politiques d'entrepreneuriat ont surtout répondu à une question : comment aider un jeune à démarrer ? La question qui s'impose désormais est plus exigeante : comment permettre à celui qui a démarré de devenir grand ?

Ce changement d'échelle est essentiel. Lorsqu'une entreprise se développe, son impact dépasse la trajectoire de son fondateur : elle crée des emplois, achète des services, forme des compétences et élargit le tissu productif. L'entrepreneuriat cesse alors d'être uniquement une réponse au chômage pour devenir un instrument de transformation économique.

Le Programme Jeunesse du Gouvernement 2026-2030 donne la mesure du pari : 2 869,4 milliards de francs CFA sont annoncés sur la période. Le cycle précédent avait, au 31 décembre 2025, touché 3,6 millions de jeunes. Au-delà de l’ampleur des moyens engagés, l’enjeu est désormais celui de leur traduction dans l’économie réelle.

La démographie rend cet enjeu encore plus pressant. Une jeunesse nombreuse ne constitue pas, à elle seule, un avantage économique : encore faut-il que le marché du travail puisse absorber ses compétences et que les entreprises qu’elle crée puissent dépasser le stade de la subsistance. C’est là que le potentiel démographique ivoirien rencontre sa principale exigence : la qualité des emplois et la productivité.

La question n’est donc plus seulement de savoir si les jeunes Ivoiriens entreprennent davantage, mais dans quelles conditions ils entreprennent et jusqu’où leurs activités peuvent les conduire. Tant que l’informalité et les difficultés de financement limiteront la croissance des petites entreprises, une partie de ce potentiel restera sous-exploitée. Reconnaître cette réalité ne contredit pas la dynamique engagée ; elle en fixe la prochaine frontière.


Le pari de 2030


Reste alors la question la plus importante : que fera la Côte d'Ivoire de cette génération ? La démographie, à elle seule, ne crée aucune richesse ; elle offre une possibilité dont la valeur dépend des choix faits en matière d'éducation, de formation, d'emploi et d'investissement.

À l’horizon 2030, l’enjeu sera moins de multiplier les dispositifs que de s’assurer qu’ils répondent aux besoins réels de l’économie. Il faudra surtout veiller à ce que les opportunités qu’ils créent ne s’arrêtent pas aux portes d’Abidjan. La promesse sera véritablement tenue lorsque le lieu où naît un jeune Ivoirien pèsera moins lourd sur l’étendue de ses possibilités.

Le PJGouv 2026-2030 prévoit notamment la construction ou la réhabilitation de 644 structures de formation et infrastructures de jeunesse. Ces investissements sont considérables, mais leur portée se jugera moins à leur exécution budgétaire qu’aux trajectoires qu’ils auront réellement contribué à changer.

C’est peut-être là que se joue l’essentiel : une politique de jeunesse réussie n’est pas celle qui fait beaucoup pour les jeunes, mais celle qui leur donne les moyens de faire beaucoup par eux-mêmes.


La richesse que l'on ne peut pas extraire


La Côte d’Ivoire dispose d’atouts considérables : une agriculture puissante, une façade maritime stratégique, des infrastructures renforcées et une économie en croissance. Rien de tout cela, pourtant, ne garantit à lui seul la prospérité de demain. La ressource la plus décisive est peut-être celle qui se renouvelle à mesure qu’on l’élève : le capital humain.

C'est pourquoi la question posée au début de ces lignes mérite peut-être d'être renversée. Et si la jeunesse ivoirienne n'était pas seulement une richesse supplémentaire parmi celles que possède déjà le pays ? Et si elle était celle qui permettrait, demain, de mieux valoriser toutes les autres ?

Le véritable succès des prochaines années ne se lira donc pas seulement dans le taux de croissance ou dans la valeur des exportations. Il se lira dans la capacité du pays à faire de cette croissance un espace de possibilités et à permettre à une génération nombreuse de devenir pleinement actrice de la transformation économique.

La Côte d'Ivoire a longtemps tiré sa richesse de ce que sa terre pouvait produire. Son prochain chapitre pourrait bien s'écrire avec ce que sa jeunesse sera capable d'imaginer.

 

 Yasmine Meité pour AxInfos 
Éditorialiste

Chronologie

Décennie 2010

Période de croissance moyenne soutenue de l’économie ivoirienne.

2024

Croissance économique de 6 %.

2025

Croissance de 6,5 % et lancement du projet GENIE, destiné à former 45 000 jeunes d’ici 2027.

2026

Mise en œuvre du Programme Jeunesse du Gouvernement, qui vise 5,3 millions de jeunes.

Juillet 2026

Lancement des programmes Ivoire Tech Next 15 et Ivoire Tech Scale Up.

2027

Horizon fixé au projet GENIE pour la formation de 45 000 jeun

2030

Horizon central du pari sur la jeunesse, la formation, l’emploi et la transformation économique.

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