<p>Une parole qui ouvre le colloque</p>
<p>« Je ne souhaite plus rester dans le silence. Le moment de vérité est arrivé. »</p>
<p>Ces mots, prononcés avec force par Esther Koho, survivante de violences sexuelles de masse, ont donné le ton du colloque organisé samedi dernier par l’AJMASI (Association des Jeunes pour la Mise en Avant de l’Afrique sur la Scène Internationale) et l’association WHAT ABOUT CONGO dans l’amphithéâtre de l’École des Hautes Études Internationales et Politiques (HEIP) à Paris.</p>
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<p>Une salle pleine, une attention totale</p>
<p>La salle était pleine : amis du Congo, membres de la diaspora, jeunes engagés et soucieux des problématiques qui minent l’Est du pays. Tous étaient venus écouter, comprendre, témoigner, et refuser l’indifférence.</p>
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<p>AJMASI : porter les réalités des “54 Afriques”</p>
<p>En ouverture, Aboubakar Koné, président de l’AJMASI, a rappelé la mission de l’association : porter les réalités du continent africain, mettre en avant la richesse des « 54 Afriques », valoriser leurs qualités tout en soulignant les difficultés encore trop ignorées par le reste du monde. Pour lui, la crise congolaise possède plusieurs facettes, mais la plus urgente reste le drame humain. Il a insisté sur la responsabilité collective : « la souffrance n’a pas de nationalité, et comprendre le Congo doit devenir une affaire de transfrontalière. » Il a également souligné le rôle essentiel de la jeunesse, invitée à prendre part à cette conscientisation.</p>
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<p>Table ronde 1 : le viol comme arme de guerre</p>
<p>La première table ronde, modérée par Crystale Delo, présidente de WHAT ABOUT CONGO, proposait de décrypter l’usage du viol comme arme de guerre, une stratégie militaire systématique dans l’Est du Congo. Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe, a abordé les dimensions juridiques et le droit international, rappelant que ces crimes, massifs et organisés, relèvent de violations graves du droit humanitaire.</p>
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<p>Chaîne de responsabilités et État affaibli</p>
<p>Le journaliste et analyste politique Kerwin Mayizo s’est appuyé sur des faits pour détailler la chaîne de responsabilités : commanditaires, sous-traitants, exécutants. Il a dénoncé un État affaibli, gangréné par la corruption, où 65 % du budget est consacré au train de vie des institutions. Selon lui, les violences sexuelles s’inscrivent dans un ensemble beaucoup plus large de défaillances : banditisme, pollution, système de santé effondré, population prise en otage d’un gouvernement incapable d’assurer ses missions fondamentales.</p>
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<p>Table ronde 2 : témoignages et expérience humaine</p>
<p>La deuxième table ronde, modérée par Sidney Ahidje, présentatrice du podcast « au cœur des convictions », et membre de l’AJMASI, a laissé une large place aux témoignages et à l’expérience humaine.</p>
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<p>Esther Koho : un récit qui bouleverse la salle</p>
<p>Esther Koho, originaire de Kassali, a raconté sa vie marquée par l’exil et la violence. Elle a grandi entre le Rwanda et le Burundi, a perdu son père lors des conflits, et s’est retrouvée piégée dans des contextes de guerre successifs. En 1994, à seulement 12 ans, elle a été violée pour la première fois, par quatre soldats tutsis, enfermée pendant trois jours et menacée de kalachnikovs. Elle a ensuite parcouru des kilomètres à pied pour tenter de trouver refuge. Son témoignage a bouleversé la salle. Elle a évoqué les nombreux cas de suicides parmi les survivantes, le besoin urgent de centres psychologiques, l’importance de l’accès à la justice et, plus que tout, la nécessité d’être entendues et valorisées.</p>
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<p>Traumatismes, soins et mobilisation</p>
<p>Brigitte Liquard Kalalo, thérapeute en TCC et présidente de Trait d’Union Congolais, a décrit l’ampleur des traumatismes psychologiques, lourds et parfois transmis de génération en génération. Elle a insisté sur l’importance de l’accompagnement et des dispositifs de soin adaptés. Jorissa Watikilu, présidente de TAMAR NKETO et ambassadrice de la jeunesse congolaise en France, a appelé à une mobilisation plus forte de la diaspora et a dénoncé l’indifférence persistante de la communauté internationale, pourtant informée de l’ampleur des crimes.</p>
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<p>Un constat final : le silence n’est plus tolérable</p>
<p>Au fil des interventions, un constat s’est imposé : le silence international n’est plus tolérable. Les participants ont exprimé leur indignation face à la passivité générale, malgré la gravité des violences commises depuis des décennies dans l’Est du Congo. La jeunesse présente s’est montrée résolue, désireuse de comprendre et de porter la voix de celles et ceux qui souffrent.</p>
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<p>Un appel collectif : “le moment de vérité est arrivé”</p>
<p>Ce colloque, marqué par des récits poignants et des analyses lucides, a rappelé l’urgence absolue de reconnaître et de combattre les violences sexuelles de masse en RDC. Les mots d’Esther Koho, prononcés en ouverture, sont restés suspendus dans l’air, comme un appel collectif : le moment de vérité est bel et bien arrivé.</p>
Incontournable
Société
« Je ne souhaite plus rester dans le silence » : la parole courageuse d’Esther Koho
Esther Koho, survivante de violences sexuelles de masse, a livré un témoignage bouleversant à Paris. Le colloque AJMASI x WHAT ABOUT CONGO a décrypté le viol comme arme de guerre dans l’Est de la RDC. Analyses, récits, et appel clair : le silence international n’est plus tolérable.