Africa Next Awards 2026 : Amal El Fallah-Seghrouchni sera honorée à Paris pour son rôle dans l’ambition numérique du Maroc
Scientifique devenue ministre, Amal El Fallah-Seghrouchni sera honorée le 3 septembre à Paris pour son action en faveur de l’IA, de la souveraineté numérique et de l’innovation au Maroc.

De la recherche scientifique au gouvernement
Le parcours d’Amal El Fallah-Seghrouchni ne ressemble pas à celui d’une responsable politique classique. Avant d’entrer au gouvernement marocain, elle a passé une grande partie de sa carrière dans les laboratoires, les universités et les programmes de recherche consacrés à l’intelligence artificielle.
Docteure en informatique, professeure de classe exceptionnelle à Sorbonne Université et chercheuse au LIP6, laboratoire commun à Sorbonne Université et au CNRS, elle s’est spécialisée notamment dans l’intelligence artificielle distribuée et les systèmes multi-agents.
Cette expérience scientifique est aujourd’hui au cœur de la mission politique qui lui a été confiée. Le 3 septembre 2026, aux Folies Bergère à Paris, Amal El Fallah-Seghrouchni fera partie des personnalités distinguées lors des Africa Next Awards 2026.
Une carrière consacrée très tôt à l’intelligence artificielle
Bien avant que l’intelligence artificielle ne devienne un sujet quotidien dans les entreprises, les gouvernements et le grand public, Amal El Fallah-Seghrouchni travaillait déjà sur ces technologies. Elle soutient son doctorat en informatique en 1991 et poursuit ensuite une longue carrière académique en France.
À Sorbonne Université, elle enseigne, dirige des travaux de recherche et accompagne plusieurs générations de chercheurs. Ses travaux la conduisent également à collaborer avec des institutions scientifiques en Europe, en Asie, en Amérique latine et en Afrique.
Son expertise ne porte pas uniquement sur les performances techniques de l’intelligence artificielle. Les questions d’éthique, de responsabilité et d’impact sur la société prennent également une place importante dans ses travaux. Cette dimension lui vaut notamment de participer, entre 2020 et 2023, aux travaux de la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies de l’UNESCO.
AI Movement, le choix de développer une expertise au Maroc
Un tournant important intervient lorsqu’elle participe à la création du Centre international d’intelligence artificielle du Maroc, AI Movement, au sein de l’Université Mohammed VI Polytechnique.
L’objectif est alors de développer au Maroc une expertise scientifique capable de répondre aux besoins du pays, mais également aux enjeux du continent africain. Amal El Fallah-Seghrouchni en devient la présidente exécutive.
Le centre travaille sur la recherche, la formation, l’innovation et les usages responsables de l’intelligence artificielle. Il acquiert progressivement une dimension internationale et devient un centre de catégorie 2 placé sous l’égide de l’UNESCO. Lorsqu’elle entre au gouvernement, elle quitte la présidence exécutive d’AI Movement mais reste liée à l’institution en qualité de présidente honoraire.
Octobre 2024 : une scientifique entre au gouvernement
Le 23 octobre 2024, Amal El Fallah-Seghrouchni est nommée ministre déléguée auprès du Chef du Gouvernement, chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration. Sa nomination intervient à un moment où le numérique devient un enjeu économique et stratégique majeur pour le Maroc. Il ne s’agit plus seulement de digitaliser des services publics.
Le pays veut développer ses compétences, ses infrastructures, ses capacités de calcul, ses entreprises technologiques et surtout réduire sa dépendance dans des domaines devenus stratégiques. L’expérience scientifique de la nouvelle ministre donne alors à son portefeuille une dimension particulière. Elle connaît la technologie dont elle doit désormais organiser le développement à l’échelle nationale.
« AI Made in Morocco », construire plutôt que simplement utiliser
Cette ambition se traduit notamment par la feuille de route « AI Made in Morocco ». L’idée est de permettre au Maroc de ne pas rester uniquement consommateur de technologies conçues ailleurs.
Le Royaume veut développer ses propres compétences, ses infrastructures numériques et des solutions adaptées à ses réalités. Cela concerne par exemple les services publics, la santé, l’éducation, l’agriculture, la gestion de l’eau, la justice ou encore la cybersécurité.
La question des langues est également importante. Les futurs modèles doivent pouvoir mieux prendre en compte l’arabe, la darija et l’amazigh afin que l’intelligence artificielle puisse répondre aux usages locaux. Cette stratégie touche donc autant à la technologie qu’à l’économie et aux services proposés aux citoyens.
JAZARI, structurer un véritable réseau national
En janvier 2026, le Maroc franchit une nouvelle étape avec le lancement de JAZARI ROOT. Cette structure constitue le noyau d’un réseau d’Instituts JAZARI appelé à se déployer dans les différentes régions du Royaume.
L’objectif est de réunir chercheurs, universités, entreprises, start-up et acteurs publics autour de projets d’intelligence artificielle. Le gouvernement souhaite ainsi éviter que l’innovation reste concentrée dans quelques pôles seulement.
Les Instituts JAZARI doivent permettre de développer des projets adaptés aux besoins des territoires tout en renforçant les liens entre la recherche scientifique et les entreprises. Plusieurs partenariats avec des acteurs publics et privés accompagnent déjà cette démarche.
Le défi des 100 000 talents
Mais aucune stratégie numérique ne peut fonctionner sans compétences. C’est probablement l’un des chantiers les plus importants portés par Amal El Fallah-Seghrouchni. Le Maroc s’est fixé l’objectif de parvenir à 100 000 talents numériques formés chaque année à l’horizon 2030.
Ingénieurs, développeurs, spécialistes de la donnée, chercheurs, experts en cybersécurité ou professionnels capables d’intégrer l’intelligence artificielle dans leurs métiers seront nécessaires pour répondre aux besoins du marché. La formation devient donc un enjeu de souveraineté à part entière.
Développer des centres de données ou des capacités de calcul ne suffit pas si les compétences nécessaires pour concevoir et exploiter ces technologies ne suivent pas.
Cloud, données et puissance de calcul
La stratégie portée par la ministre touche également aux infrastructures. Le Maroc travaille au développement de centres de données, du cloud souverain et de capacités nationales de calcul haute performance.
Ces investissements sont essentiels dans la course actuelle à l’intelligence artificielle. Les modèles les plus avancés nécessitent d’importantes capacités informatiques, mais également de grandes quantités de données.
Pour le Royaume, disposer de ces infrastructures permet de réduire certaines dépendances extérieures et de mieux maîtriser la manière dont les données et les solutions numériques sont hébergées et utilisées.
La souveraineté numérique défendue par Amal El Fallah-Seghrouchni repose donc sur plusieurs éléments à la fois : les compétences, les données, les infrastructures et la capacité à développer ses propres solutions.
Une « troisième voie » marocaine pour l’intelligence artificielle
Amal El Fallah-Seghrouchni défend également une approche particulière de l’intelligence artificielle. Elle évoque une « troisième voie » marocaine, différente d’une logique de dépendance technologique mais également éloignée d’un modèle totalement fermé. Cette approche met l’accent sur une intelligence artificielle responsable, inclusive et plus sobre en ressources. Elle repose aussi sur la coopération internationale.
Le Maroc souhaite développer ses propres capacités tout en continuant à travailler avec les entreprises, les universités et les institutions internationales. L’objectif est donc de rechercher davantage d’autonomie technologique sans renoncer aux partenariats.
Une ambition qui dépasse le Maroc
Cette stratégie possède également une dimension africaine. En partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement, le Maroc a lancé le Hub Digital pour le Développement Durable, D4SD. Cette plateforme doit accompagner des pays africains et arabes dans leur transformation numérique et dans le développement de solutions d’intelligence artificielle adaptées à leurs besoins.
Formation, infrastructures publiques numériques, partage d’expertise et renforcement des capacités font partie des axes de travail. Pour Amal El Fallah-Seghrouchni, la question numérique dépasse donc le seul positionnement du Maroc. Elle s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur la place que l’Afrique peut prendre dans les technologies de demain.
Porter cette vision dans les débats internationaux
Cette dimension internationale s’est particulièrement illustrée en juillet 2026 à Genève. Amal El Fallah-Seghrouchni a participé au premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle organisé par les Nations Unies, avec des représentants de plus de 170 pays.
Les discussions ont porté sur des sujets devenus centraux : sécurité des systèmes, droits humains, accès aux infrastructures, fractures numériques ou encore capacité des pays en développement à bénéficier réellement de l’intelligence artificielle.
La ministre y a défendu une position déjà présente dans la stratégie marocaine : un pays ne peut prétendre à une véritable souveraineté numérique s’il ne dispose pas d’un minimum de maîtrise sur ses données, ses capacités de calcul, ses compétences et ses infrastructures.
Une distinction qui récompense un profil particulier
C’est cette combinaison entre science et action publique qui donne au parcours d’Amal El Fallah-Seghrouchni une place particulière parmi les lauréats des Africa Next Awards. Elle a étudié l’intelligence artificielle pendant plusieurs décennies.
Elle a formé des chercheurs. Elle a contribué à créer un centre consacré à l’IA au Maroc. Elle se retrouve aujourd’hui chargée de traduire cette expertise en politique publique à l’échelle d’un pays. Le 3 septembre 2026, Africa Next Awards mettra donc à l’honneur une scientifique devenue ministre à un moment où la maîtrise des technologies numériques est devenue un enjeu économique, politique et stratégique majeur.
Sa distinction vient reconnaître un parcours, mais surtout une responsabilité actuelle : participer à donner au Maroc les moyens de construire une partie de son avenir numérique avec ses propres compétences, tout en contribuant à une dynamique technologique plus large sur le continent africain.