Africa Next Awards 2026 : de Luanda aux podiums du monde, Maria Borges a fait de ses racines une signature
De Luanda aux podiums de Victoria’s Secret, Maria Borges a imposé son nom dans la mode mondiale sans effacer ses racines. Une trajectoire devenue symbole d’audace, de représentation et de fierté africaine.

Avant les podiums, il y a une enfance qui oblige à grandir vite
Lorsque l’on regarde aujourd’hui Maria Borges défiler pour les plus grandes maisons de mode, il est difficile d’imaginer le chemin qui précède ces images.
Elle naît à Luanda en 1992 et grandit dans un Angola encore profondément marqué par la guerre civile. Son enfance bascule lorsqu’elle perd sa mère à l’âge de 11 ans. Son père n’étant pas présent, c’est sa sœur aînée, qui n’a alors que 16 ans, qui assume une grande partie des responsabilités familiales. Un oncle aide financièrement les deux jeunes filles, tandis que sa sœur commence elle-même à travailler quelques années plus tard pour contribuer aux frais de scolarité.
Maria Borges parlera ensuite sans détour de cette période. Elle ne la présente pas comme une histoire destinée à susciter la compassion, mais comme l’un des moments qui ont forgé sa manière d’avancer. Très tôt, elle comprend qu’elle devra créer elle-même certaines opportunités.
Le mannequinat ne naît d’ailleurs pas immédiatement comme un rêve de célébrité. À l’origine, elle y voit aussi une possibilité de gagner un peu d’argent et, peut-être, de financer un jour ses études.
La suite va dépasser de très loin ce qu’elle pouvait alors imaginer.
Un concours à Luanda ouvre une première porte
En 2010, Maria Borges participe à Elite Model Look Angola. Elle ne remporte pas nécessairement la compétition selon toutes les sources disponibles, mais sa participation suffit à attirer l’attention des professionnels locaux.
Une agence de Luanda décide de la représenter.
Le premier changement d’échelle passe par Lisbonne. Elle commence à travailler au Portugal et découvre progressivement une industrie beaucoup plus structurée, avec ses castings, ses agences, ses photographes, ses rythmes et surtout une concurrence internationale extrêmement forte.
Pour beaucoup de jeunes mannequins africains, atteindre l’Europe constitue déjà un accomplissement.
Maria Borges regarde plus loin.
Elle veut New York.
Trente castings par semaine et dix-sept défilés dès sa première saison
Lorsqu’elle arrive à New York, rien n’est acquis.
Elle ne maîtrise pratiquement pas l’anglais. L’agence Supreme Management accepte de l’observer, sans lui garantir immédiatement une place durable. Pour rester, elle doit prouver qu’elle peut décrocher suffisamment de contrats pour couvrir les coûts liés à son activité.
Maria Borges se lance alors dans un rythme qui donne une idée de sa détermination : parfois une trentaine de castings par semaine.
Elle expliquera plus tard qu’elle n’avait qu’une obsession : ne pas avoir parcouru tout ce chemin pour être renvoyée chez elle quelques semaines plus tard.
La réponse arrive très vite.
Lors de sa première Fashion Week new-yorkaise, elle décroche dix-sept défilés.
Dix-sept.
Pour une jeune femme fraîchement arrivée d’Angola, parlant encore à peine anglais et sans grand nom derrière elle, le résultat change immédiatement la perception des agences.
Maria Borges n’est plus seulement un profil prometteur.
Elle devient une mannequin que l’industrie commence à regarder sérieusement.
Givenchy transforme l’essai
La haute couture et le prêt-à-porter international ont cette particularité : quelques rencontres peuvent accélérer brutalement une carrière.
Dans le cas de Maria Borges, l’une de ces rencontres s’appelle Riccardo Tisci.
Alors directeur artistique de Givenchy, le créateur italien la repère et l’intègre régulièrement à son univers. Maria Borges devient notamment exclusive pour la maison lors d’une saison et apparaît dans une campagne Givenchy en 2013.
À partir de là, les noms s’enchaînent.
Chanel. Dior. Balmain. Versace. Giorgio Armani. Tom Ford. Jean Paul Gaultier. Marc Jacobs. Kenzo. Ralph Lauren. Oscar de la Renta. Dolce & Gabbana.
La liste est impressionnante mais elle ne raconte pas entièrement ce qui est en train de se produire.
Une jeune mannequin venue d’un pays africain encore très peu représenté dans les grandes agences internationales est en train d’entrer durablement dans le circuit le plus exigeant de la mode mondiale.
Et elle refuse progressivement de considérer son identité comme quelque chose qu’il faudrait lisser pour y rester.
Victoria’s Secret lui donne une visibilité mondiale
À partir de 2013, Maria Borges rejoint le Victoria’s Secret Fashion Show.
À cette époque, le défilé annuel de la marque constitue encore l’un des événements les plus regardés et médiatisés de l’industrie de la mode. Être sélectionnée signifie être exposée à une audience bien plus large que celle des Fashion Weeks traditionnelles.
Maria Borges y défile plusieurs années de suite.
Mais c’est en 2015 que son passage prend une autre dimension.
Cette année-là, elle pose une demande très simple à son agent : elle veut défiler avec ses cheveux naturels.
Pas d’extensions.
Pas de perruque.
Son afro court, tel quel.
La décision pourrait aujourd’hui sembler presque banale. Elle ne l’était absolument pas dans l’univers Victoria’s Secret du milieu des années 2010.
Quelques centimètres de cheveux et beaucoup plus que cela
Maria Borges devient cette année-là la première mannequin à parcourir le podium du Victoria’s Secret Fashion Show avec un afro naturel court.
L’image fait rapidement le tour du monde.
Ce qui devait être un choix personnel devient un symbole beaucoup plus large.
Pendant des années, les mannequins noires ont régulièrement raconté les difficultés rencontrées en coulisses : coiffeurs peu habitués aux cheveux crépus, absence de produits adaptés, extensions presque systématiques et standards esthétiques conçus autour de textures qui ne sont pas les leurs.
Maria Borges ne monte pas sur le podium avec l’ambition déclarée de mener une révolution politique. Elle veut simplement pouvoir ressembler à elle-même. C’est précisément ce qui rend l’image aussi forte.
Elle dira ensuite qu’elle voulait montrer aux femmes qui lui ressemblent qu’elles pouvaient se sentir belles sans devoir modifier systématiquement leurs cheveux pour entrer dans les standards existants. Dans une industrie fondée sur l’image, ce détail devient un message.
La représentation devient une partie de son parcours
Maria Borges commence alors à comprendre que sa réussite possède une dimension qu’elle n’avait pas nécessairement anticipée.
Lorsqu’elle était enfant en Angola, elle voyait très peu de femmes qui lui ressemblaient dans les grands magazines internationaux.
Quelques années plus tard, elle est devenue l’une d’elles.
En 2017, ELLE aux États-Unis lui consacre l’une de ses couvertures de mai aux côtés d’autres grands noms du mannequinat international. Dans l’entretien associé, Maria Borges parle précisément de cette question : lorsqu’elle grandissait, elle ne voyait presque jamais de femmes comme elle dans cet univers. Désormais, d’autres jeunes filles peuvent regarder un magazine et se reconnaître.
Ce changement de perspective devient essentiel dans sa manière de penser la suite.
Elle ne veut plus seulement réussir.
Elle veut que sa réussite rende certains chemins plus crédibles pour celles qui arrivent derrière.
L’Oréal Paris, un contrat qui change encore de dimension
Quelques semaines avant cette couverture, une autre étape majeure est annoncée.
Maria Borges devient ambassadrice mondiale de L’Oréal Paris.
Elle rejoint ainsi un cercle de personnalités internationales associées à l’une des marques de beauté les plus puissantes au monde.
Pour un mannequin, ce type de contrat représente bien davantage qu’une campagne supplémentaire. Il signifie une présence internationale durable, des campagnes consacrées au maquillage, aux soins ou aux cheveux et une exposition auprès d’un public qui dépasse largement celui de la haute couture.
Maria Borges avait travaillé plusieurs années avec la marque avant d’obtenir ce contrat.
Son récit sur cette période est révélateur de sa manière de gérer sa carrière. Elle explique avoir refusé certaines opportunités avec des marques concurrentes parce qu’elle voulait construire progressivement une relation suffisamment solide avec L’Oréal pour devenir un jour l’une de ses ambassadrices officielles.
Autrement dit, derrière les photos se trouve aussi une stratégie.
Savoir ce que l’on veut.
Et parfois accepter de renoncer à une opportunité immédiate pour augmenter ses chances d’obtenir celle que l’on considère plus importante.
Être africaine n’a jamais été présenté comme une limite
Maria Borges parle souvent de son origine avec une simplicité presque désarmante.
Elle est angolaise.
Elle en est fière.
Et elle ne voit aucune contradiction entre cette identité et une carrière internationale.
Cette position semble évidente aujourd’hui, à une époque où les créateurs, les artistes et les mannequins africains bénéficient d’une visibilité mondiale beaucoup plus importante.
Elle l’était moins lorsqu’elle débute.
Pendant longtemps, l’industrie de la mode a souvent associé l’Afrique à une esthétique particulière : imprimés, exotisme, références traditionnelles ou campagnes ponctuelles.
Maria Borges, elle, n’entre pas dans la mode mondiale comme une mannequin que l’on appelle uniquement lorsqu’une collection veut raconter l’Afrique.
Elle travaille pour Givenchy, Armani, Dior ou Victoria’s Secret exactement comme les autres grands profils internationaux.
Son africanité n’est pas son unique argument professionnel.
Elle fait simplement partie de ce qu’elle est.
Et cette normalité constitue peut-être l’une des évolutions les plus importantes qu’incarne son parcours.
Le retour vers l’Angola devient progressivement une mission
Le succès international aurait pu éloigner Maria Borges de son pays.
Il produit presque l’effet inverse.
Elle conserve un lien très fort avec l’Angola, y retourne régulièrement et utilise progressivement sa visibilité pour parler du pays à l’extérieur.
En 2021, cette relation prend une dimension officielle lorsqu’elle devient ambassadrice du tourisme de l’Angola dans le cadre d’une initiative portée par l’Institut de promotion touristique.
Le titre ne reste pas cantonné à quelques photographies protocolaires.
Maria Borges commence à effectuer des visites dans différentes régions du pays afin de mieux connaître les réalités économiques, industrielles, culturelles et touristiques qu’elle doit désormais contribuer à promouvoir.
Namibe, Huíla et d’autres territoires entrent dans cette démarche.
Son idée consiste notamment à constituer une meilleure connaissance visuelle des possibilités offertes par le pays pour pouvoir les présenter à des interlocuteurs et investisseurs internationaux. La mannequin devient progressivement une vitrine économique.
Promouvoir un pays suppose d’abord de mieux le connaître
Cette approche est intéressante parce qu’elle évite une vision superficielle de l’ambassadeur touristique.
Maria Borges possède plusieurs millions d’abonnés sur les réseaux sociaux et une visibilité internationale considérable. Elle pourrait facilement publier quelques belles images de plages ou de paysages et considérer la mission accomplie.
Elle choisit plutôt de rencontrer différents secteurs.
En avril 2025, elle visite par exemple le ministère angolais des Ressources minérales, du Pétrole et du Gaz. Quelques jours plus tard, elle découvre également des infrastructures industrielles du pays.
Son discours est alors assez clair : les secteurs doivent mieux travailler ensemble si l’Angola veut présenter une image cohérente à l’international.
Tourisme, industrie, culture, agriculture ou ressources naturelles ne peuvent pas toujours être pensés séparément.
Un visiteur vient pour découvrir un territoire. Un investisseur peut ensuite découvrir une économie. Et une personnalité disposant d’un réseau mondial peut contribuer à rapprocher ces deux regards.
Devenir une vitrine de l’Angola, mais pas la seule
Maria Borges comprend également les limites d’une réussite individuelle.
Une supermodel angolaise peut attirer l’attention.
Une véritable industrie de la mode nécessite beaucoup plus.
Des mannequins.
Des agences.
Des stylistes.
Des photographes.
Des créateurs.
Des producteurs.
Des maquilleurs.
Des médias.
Et surtout des structures capables d’accompagner les talents avant qu’ils ne soient contraints de partir à l’étranger pour construire leur carrière.
C’est dans cette logique qu’elle développe The Star Management, agence de talents basée en Angola.
Le projet cherche notamment à identifier et accompagner de nouveaux profils capables d’évoluer dans la mode et le divertissement.
Maria Borges essaie alors de transmettre quelque chose qu’elle aurait probablement aimé trouver plus facilement à ses débuts : une passerelle entre le potentiel local et les standards internationaux.
Transmettre ce que personne ne vous apprend au début
En novembre 2025, elle intervient au GTCO Fashion Weekend au Nigeria dans une masterclass consacrée au métier de mannequin.
Le titre choisi résume bien son approche : comment être signé par une agence, mais surtout comment rester pertinent ensuite.
La deuxième partie est probablement la plus importante.
Dans la mode, être découvert n’est jamais une garantie de carrière.
Des milliers de jeunes femmes possèdent les critères physiques nécessaires. Beaucoup décrochent une première agence. Très peu réussissent à travailler régulièrement pendant dix ou quinze ans.
Maria Borges connaît désormais cette différence.
Elle peut parler de castings, d’agences et de défilés, mais aussi de négociation, de choix de carrière, de repositionnement, de concurrence et de capacité à évoluer lorsque l’industrie change.
Son histoire n’est plus seulement celle d’une jeune fille repérée à Luanda. C’est celle d’une professionnelle qui a appris à durer.
Elle a aussi connu les portes qui restent fermées
Le parcours n’est pourtant pas un conte sans obstacles.
Maria Borges a raconté avoir parfois senti que sa couleur de peau influençait directement certaines décisions de casting. Des clients pouvaient lui préférer des profils jugés plus proches de leurs standards ou plus faciles à commercialiser.
Elle a également connu des frustrations avec ses propres agences.
À un moment de sa carrière, alors qu’elle estime avoir suffisamment progressé pour accéder à un niveau supérieur de représentation, elle constate que cette évolution tarde à venir.
Elle décide alors de partir.
Elle rejoint IMG, l’une des agences les plus puissantes au monde.
Ce choix dit beaucoup de sa personnalité professionnelle.
Maria Borges sait être reconnaissante envers ceux qui l’ont accompagnée. Mais elle sait également partir lorsqu’elle considère qu’un environnement ne lui permet plus d’avancer.
Cette capacité à se repositionner explique probablement autant sa carrière que son physique ou son talent devant l’objectif.
La réussite n’a pas effacé le souvenir du départ
Il existe une phrase dans son parcours qui aide peut-être mieux que toutes les autres à comprendre Maria Borges.
Lorsqu’on l’interroge en 2017 sur ce que représente sa réussite pour l’Angola, elle explique que beaucoup de personnes dans son pays ne comprennent pas forcément complètement son métier.
Elle utilise alors les réseaux sociaux pour leur montrer qu’il est possible de partir de peu et d’aller très loin.
Lorsqu’elle revient en Angola, elle visite également des orphelinats et échange avec des enfants.
Cette démarche possède une dimension profondément personnelle.
Elle aussi a grandi sans ses parents.
Elle sait ce que signifie avoir le sentiment que certaines possibilités appartiennent aux autres.
Et elle sait surtout qu’une rencontre ou une histoire peut parfois modifier la manière dont un enfant imagine son propre avenir.
Une carrière internationale qui n’efface plus l’origine, elle l’amplifie
Maria Borges appartient finalement à une génération charnière.
Elle commence sa carrière à une époque où la représentation africaine reste encore très limitée sur les grandes scènes internationales.
Elle arrive aujourd’hui dans une industrie où les modèles, créateurs, photographes et artistes du continent occupent une place de plus en plus importante.
Elle n’est évidemment pas seule responsable de cette évolution.
Mais elle en est l’un des visages.
Son afro sur le podium de Victoria’s Secret, ses campagnes internationales, sa couverture d’ELLE, son rôle chez L’Oréal et sa visibilité auprès des jeunes mannequins africains ont contribué à rendre certaines images moins exceptionnelles qu’elles ne l’étaient auparavant.
Et c’est peut-être l’un des plus beaux paradoxes de la représentation.
Le véritable progrès commence lorsque ce qui faisait autrefois événement devient simplement normal.
Des podiums au rôle d’ambassadrice
Aujourd’hui, Maria Borges ne semble plus vouloir que sa carrière soit lue uniquement à travers la liste des maisons pour lesquelles elle a défilé.
Cette liste reste impressionnante.
Mais son parcours s’est élargi.
Mannequin, entrepreneure, mentor, ambassadrice touristique : elle utilise désormais sa notoriété sur plusieurs terrains.
Ce qu’elle défend apparaît assez clairement : la possibilité pour un talent africain d’être mondial sans devoir se détacher de ses origines, la nécessité de créer davantage de structures sur le continent et l’importance de transmettre aux jeunes générations les outils permettant de construire une carrière durable.
Le message est finalement beaucoup plus large que la mode.
Il concerne la confiance.
La représentation.
Et le droit de se projeter très loin sans considérer son point de départ comme une limite.
Le 3 septembre, une trajectoire qui raconte aussi une autre Afrique
Le 3 septembre 2026, Maria Borges sera distinguée aux Africa Next Awards aux Folies Bergère à Paris.
La cérémonie mettra évidemment à l’honneur l’une des mannequins africaines les plus reconnues internationalement de sa génération.
Mais elle célébrera aussi autre chose.
Une enfant de Luanda qui a grandi dans une période difficile, perdu sa mère très jeune, traversé les frontières avec très peu d’anglais, enchaîné les castings jusqu’à décrocher dix-sept défilés dès sa première Fashion Week et fini par devenir l’un des visages mondiaux de marques qu’elle ne voyait autrefois que de loin.
Puis une femme qui, une fois arrivée au sommet, a choisi de remettre une partie de cette visibilité au service du pays d’où elle était partie.
Maria Borges a longtemps répété une idée simple : peu importe d’où l’on vient, on peut rêver grand. Son parcours aurait pu rester une formule. Il en est devenu la démonstration.