Kévin Sécongo Clotchôr : derrière la transformation numérique, un dirigeant qui veut faire passer les idées à l’échelle
À la direction de BMI-WFS, Kévin Sécongo évolue entre fintech, transformation publique et innovation. Son credo : faire du numérique un outil concret de performance, d’inclusion et de souveraineté.

Le numérique l’intéresse surtout lorsqu’il change quelque chose dans la vraie vie
Il est devenu facile de parler de transformation digitale. Le terme est désormais partout : dans les plans stratégiques, les discours d’entreprises, les administrations, les banques et les conférences consacrées à l’avenir de l’Afrique. Mais entre annoncer une transformation et réussir à la faire fonctionner au quotidien, il existe un espace beaucoup moins spectaculaire : celui de l’exécution.
C’est précisément dans cet espace que se situe aujourd’hui Kévin Sécongo Clotchôr.
Directeur général de BMI-WFS, il évolue au sein d’une entreprise ivoirienne dont les activités croisent finance technologique, plateformes numériques, ingénierie informatique, intelligence artificielle et modernisation des services. Son rôle le place au contact d’un sujet devenu stratégique pour de nombreux pays africains : comment utiliser la technologie non comme une vitrine, mais comme un outil capable d’améliorer concrètement la manière de payer, de collecter, d’administrer, de suivre une activité ou de prendre une décision ?
Chez lui, le mot qui revient le plus naturellement n’est d’ailleurs pas « technologie ». C’est souvent « transformation ». La différence est importante. Une technologie peut être achetée. Une transformation doit être comprise, acceptée, organisée et surtout exécutée.
Une fonction de direction au cœur d’un groupe qui change d’échelle
BMI-WFS se présente aujourd’hui comme une entreprise panafricaine spécialisée dans la transformation digitale et la finance technologique. À sa tête, Clotchôr Sécongo occupe les fonctions de président-directeur général. Kévin Sécongo, lui, apparaît dans l’équipe dirigeante comme directeur général.
Cette position l’installe dans un rôle très opérationnel : entre la vision stratégique portée par le groupe, les équipes qui développent les solutions et les institutions ou partenaires qui doivent ensuite les utiliser.
Il ne s’agit donc pas simplement de suivre des projets informatiques. Quand une solution numérique touche aux finances publiques, à la gestion d’une administration, aux données personnelles ou à l’identification de milliers d’utilisateurs, la responsabilité change de nature. Les questions deviennent aussi organisationnelles, réglementaires, financières et humaines.
C’est ce qui rend son profil intéressant. Son métier se situe moins dans la démonstration technologique que dans la capacité à faire travailler ensemble plusieurs mondes qui n’utilisent pas toujours le même langage. L’ingénieur parle architecture. L’administration parle procédure. Le financier parle contrôle. L’utilisateur veut simplement que le service fonctionne. Le rôle du dirigeant est de relier tout cela.
TrésorMoney : lorsque la digitalisation rencontre les finances publiques
L’un des projets qui permet le mieux de comprendre l’environnement professionnel dans lequel Kévin Sécongo évolue est TrésorPay-TrésorMoney.
La plateforme, développée avec l’appui technique de BMI-WFS pour la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique de Côte d’Ivoire, permet notamment la collecte électronique de ressources publiques et différents paiements liés aux services de l’État. Au fil des années, le dispositif a pris une dimension plus large, jusqu’à l’arrivée d’une carte TrésorMoney-Visa et à son intégration progressive dans l’écosystème des paiements.
Kévin Sécongo a lui-même porté publiquement une partie de ce discours autour de TrésorMoney. En 2024, alors qu’il est présenté comme directeur général de la plateforme, il insiste notamment sur son potentiel en matière d’inclusion financière. Ce sujet est loin d’être secondaire.
Pour une personne déjà totalement intégrée dans le système bancaire, une application de paiement supplémentaire peut sembler être une innovation parmi d’autres. Pour une population qui travaille dans l’économie informelle, dispose de peu d’accès aux produits financiers classiques ou effectue encore une grande partie de ses opérations en espèces, l’enjeu est très différent.
Digitaliser un paiement peut permettre de sécuriser une transaction, créer une trace, simplifier une procédure et, progressivement, rapprocher certains utilisateurs de services financiers auxquels ils avaient jusque-là difficilement accès. C’est dans cette dimension très quotidienne que le numérique prend réellement son sens.
Passer de la finance à la transformation des institutions
BMI-WFS a depuis élargi son terrain d’intervention. En novembre 2025, l’entreprise signe notamment un partenariat avec l’Office ivoirien des sports scolaires et universitaires. L’objectif annoncé dépasse largement la création d’un simple site Internet : licences sportives dématérialisées, paiements numériques, gestion des données, détection des talents, marketplace, formation et environnement e-gaming doivent progressivement être réunis dans le même écosystème.
Quelques mois plus tard, en République démocratique du Congo, BMI-WFS conclut également un accord avec la ville de Likasi autour de la modernisation numérique de la perception des recettes municipales. En Côte d’Ivoire, l’entreprise intervient encore sur CERTINUM, plateforme nationale lancée en juillet 2026 par l’Autorité de régulation des télécommunications/TIC afin de dématérialiser les démarches liées à la conformité et aux autorisations en matière de données personnelles.
Autre chantier : MINEFNET, développé pour le ministère des Eaux et Forêts. Après une phase pilote engagée en mars 2026, la plateforme a obtenu le feu vert pour une généralisation, avec pour objectif de numériser les prestations, les services et le recouvrement des recettes du ministère.
Pris séparément, ces projets semblent très différents. Sport scolaire. Finances publiques. Données personnelles. Eaux et Forêts. Collectivités locales. Pourtant, le problème de départ est presque toujours le même : comment remplacer des processus fragmentés, lents ou difficilement traçables par des systèmes capables de produire davantage de données, de transparence et de contrôle ?
La transformation n’est pas un logiciel
C’est probablement là que le positionnement de Kévin Sécongo prend le plus de relief. La transformation numérique est souvent réduite à l’installation d’une nouvelle technologie. Dans la réalité, le logiciel n’est qu’une partie du travail.
Une institution peut disposer d’une excellente plateforme et continuer à fonctionner presque exactement comme auparavant si les utilisateurs ne l’adoptent pas, si les procédures internes ne changent pas ou si les responsables ne disposent pas des informations nécessaires pour piloter le nouveau système.
Transformer signifie donc aussi convaincre.
Former.
Modifier les habitudes.
Mesurer les résultats.
Corriger ce qui fonctionne mal.
Et accepter qu’un projet qui paraît évident dans une salle de réunion puisse rencontrer de vraies résistances lorsqu’il arrive sur le terrain.
Dans ses prises de parole professionnelles, Kévin Sécongo revient régulièrement sur la discipline, la rigueur dans l’exécution et l’alignement des équipes. Ces mots peuvent paraître classiques dans le langage du management. Ils deviennent beaucoup plus concrets lorsqu’une entreprise doit déployer une solution qui sera utilisée par plusieurs administrations ou des milliers de citoyens. La stratégie indique où aller. L’exécution détermine si l’on y arrive réellement.
Une vision très assumée du leadership
Le profil public de Kévin Sécongo donne également une place importante à la question du leadership. Pas dans sa version uniquement statutaire, celle qui consiste à occuper une fonction ou à diriger une équipe, mais dans une conception très centrée sur la discipline, la constance et la responsabilité.
Il parle volontiers de méthode, de travail collectif, de capacité à ajuster ses priorités et de nécessité de transformer une ambition en résultats mesurables. Ce discours est cohérent avec l’environnement dans lequel il évolue. Lorsqu’un dirigeant travaille sur des projets technologiques complexes, la principale difficulté n’est pas toujours de trouver de nouvelles idées. Elle consiste souvent à empêcher l’organisation de se disperser entre trop d’idées à la fois.
Prioriser devient alors une compétence. Dire non aussi. Et savoir arrêter un projet, corriger une direction ou reconnaître qu’une hypothèse ne fonctionne pas fait partie du travail de transformation autant que le lancement d’une nouvelle solution. C’est une approche du leadership moins spectaculaire que les grands discours sur l’innovation, mais beaucoup plus proche de la réalité quotidienne d’une entreprise.
La jeunesse africaine comme acteur du présent
Un autre sujet revient régulièrement dans ses prises de parole : la jeunesse. Kévin Sécongo défend l’idée qu’elle ne devrait pas être présentée éternellement comme « l’avenir » du continent. Une partie de cette génération crée déjà des entreprises, développe des applications, dirige des équipes, finance des projets et intervient dans les grandes transformations économiques.
Cette idée se retrouve notamment autour de projets comme WEZA, auquel il a associé un discours sur l’innovation, la collaboration et la capacité des jeunes Africains à transformer dès aujourd’hui leur environnement. Le message peut sembler simple. Il pointe pourtant une contradiction assez fréquente.
L’Afrique possède l’une des populations les plus jeunes du monde, mais les jeunes restent encore sous-représentés dans de nombreux espaces de décision économique et institutionnelle. La question n’est donc plus uniquement de les former.
Il faut également créer les conditions leur permettant de participer aux décisions, d’accéder au financement, de gérer des projets importants et d’accumuler une expérience réelle.
Dans un secteur comme le numérique, cette transition est particulièrement rapide. Les technologies évoluent tellement vite qu’une génération très jeune peut acquérir en quelques années une expertise qui n’existait tout simplement pas au début de la carrière de ses dirigeants. Pour les organisations africaines, apprendre à utiliser cette énergie devient un enjeu de compétitivité.
L’inclusion financière comme prolongement logique
Cette attention portée à la jeunesse rejoint également son intérêt pour l’inclusion financière. En juin 2024, lors d’une rencontre avec des associations féminines à Agboville, Kévin Sécongo présente les solutions TrésorMoney comme des outils pouvant accompagner davantage de femmes vers l’économie numérique. Le sujet dépasse les cartes de paiement.
Dans de nombreuses économies africaines, des milliers de petites activités fonctionnent encore largement en espèces. Elles créent des revenus, financent des familles et participent à la vie économique sans toujours disposer de comptabilité formalisée, de solutions d’épargne adaptées ou d’historique financier facilement exploitable.
Le numérique peut changer progressivement cette situation. Une transaction enregistrée laisse une trace. Un historique peut faciliter l’évaluation d’une activité. Un compte numérique peut devenir une première porte vers d’autres services.
La transformation digitale se rapproche alors d’un objectif beaucoup plus social : permettre à davantage de personnes de participer à l’économie formelle sans leur imposer immédiatement les structures lourdes du système bancaire traditionnel.
La souveraineté numérique, prochaine bataille ?
À mesure que BMI-WFS développe des solutions pour des institutions publiques, un autre sujet devient impossible à éviter : la souveraineté numérique.
Qui possède la donnée ?
Où est-elle hébergée ?
Qui peut y accéder ?
Quel acteur contrôle l’infrastructure ?
Que se passe-t-il si le fournisseur disparaît ou si la relation avec lui se dégrade ?
Ces questions étaient encore relativement périphériques il y a quelques années. Elles sont devenues centrales.
Les données liées aux finances publiques, aux citoyens, aux élèves, aux ressources naturelles ou aux activités administratives constituent désormais des actifs stratégiques. Une administration qui numérise ses services sans réfléchir au contrôle de ces données peut gagner en efficacité tout en créant une nouvelle forme de dépendance.
BMI-WFS inscrit précisément une partie de son discours dans cette recherche de solutions conçues ou maîtrisées à l’échelle africaine.
Pour Kévin Sécongo et la génération de dirigeants avec laquelle il évolue, la prochaine étape de la transformation numérique du continent pourrait donc être moins spectaculaire mais beaucoup plus profonde : ne plus seulement consommer la technologie, mais maîtriser progressivement les systèmes sur lesquels reposent les économies.
Entre transmission et volonté de construire sa propre trajectoire
Il existe enfin une dimension plus personnelle dans le profil de Kévin Sécongo. Son univers professionnel porte un nom déjà fortement installé dans BMI-WFS, celui de Clotchôr Sécongo, président-directeur général du groupe. Cela place nécessairement la question de la transmission quelque part dans son parcours. Mais la transmission n’a réellement de valeur que lorsqu’elle ne devient pas une simple reproduction.
Dans ses propres prises de parole, Kévin Sécongo évoque régulièrement les notions de responsabilité, de dépassement de soi et de nécessité de construire une trajectoire par le travail. La filiation professionnelle peut ouvrir une porte. Elle ne remplace ni la compétence nécessaire pour la franchir ni les résultats qui permettent ensuite d’y rester.
Cette réalité devient encore plus exigeante dans une entreprise qui travaille avec des institutions publiques et sur des projets exposés. Le nom peut attirer l’attention. La fonction oblige ensuite à répondre des décisions. C’est probablement sur ce terrain que se joue aujourd’hui une partie importante de son identité professionnelle : s’inscrire dans une histoire déjà construite tout en cherchant progressivement à imprimer sa propre manière de diriger.
De la stratégie à la transformation
Les deux mots associés aujourd’hui au profil de Kévin Sécongo — stratégie et transformation — prennent finalement davantage de sens lorsqu’on les regarde à travers les projets auxquels son entreprise participe.
La stratégie consiste à voir que l’administration, la finance, le sport, l’environnement ou la protection des données seront de plus en plus numériques. La transformation commence lorsque cette intuition quitte PowerPoint et arrive dans une mairie, un ministère, un téléphone ou un compte de paiement.
Entre les deux se trouve tout le travail qui apparaît rarement dans les annonces officielles : équipes à coordonner, technologies à adapter, utilisateurs à convaincre, systèmes à sécuriser, erreurs à corriger et résultats à mesurer. C’est là que Kévin Sécongo construit aujourd’hui son parcours. Pas uniquement dans la promesse d’une Afrique numérique, mais dans la question beaucoup plus difficile de son exécution.
Et peut-être est-ce précisément ce qui rend cette génération de dirigeants intéressante à observer : elle arrive au moment où le continent n’a plus vraiment besoin qu’on lui explique que le numérique va changer son économie. Cette transformation est déjà en cours. Le véritable défi est désormais de décider qui la construira, qui la maîtrisera et à qui elle profitera.