Africa Next Awards 2026 : du café-cacao aux écrans, Ange Fabien Guéi sera distingué à Paris
Ingénieur agroéconomiste devenu dirigeant de médias, Ange Fabien Guéi pilote aujourd’hui NCI et Radio Nostalgie Côte d’Ivoire. Un parcours atypique que les Africa Next Awards distingueront à Paris.

Africa Next Awards 2026 : du café-cacao aux écrans, Ange Fabien Guéi sera distingué à Paris
Rien, au début de son parcours, ne destinait véritablement Ange Fabien Guéi à diriger une chaîne de télévision. Sa formation est celle d’un ingénieur agroéconomiste. Ses premières responsabilités l’amènent vers les études économiques, l’administration publique, puis au cœur de l’une des industries les plus stratégiques de Côte d’Ivoire : le café-cacao. Deux décennies plus tard, il dirige pourtant simultanément NCI - La Nouvelle Chaîne Ivoirienne et Radio Nostalgie Côte d’Ivoire, avec désormais une place bien identifiée dans le paysage audiovisuel ivoirien.
C’est cette trajectoire, faite de changements de secteurs mais aussi d’une certaine continuité dans le management, que les Africa Next Awards ont choisi de mettre en lumière. Le 3 septembre 2026, aux Folies Bergère à Paris, Ange Fabien Guéi figurera parmi les personnalités distinguées lors de la première édition de l’événement.
Avant les plateaux de télévision, le café et le cacao
Le détour par son début de carrière est probablement ce qui permet de mieux comprendre le dirigeant qu’il est devenu. Ange Fabien Guéi est diplômé en agroéconomie de l’École supérieure d’agronomie, composante de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, où il est sorti major de sa promotion. Il complète ensuite cette formation par un Master 2 en banque et finance à l’Université Jean-Monnet de Saint-Étienne, en France, ainsi que par une formation en management stratégique à la Harvard Division of Continuing Education.
Cette précision sur son classement en agroéconomie ajoute un éclairage intéressant à son parcours : bien avant les responsabilités de direction, l’exigence et la performance apparaissent déjà dans son cursus académique.
Sa vie professionnelle commence en 2004 au cabinet AISON, spécialisé dans les études économiques liées à la filière café-cacao. Il y travaille d’abord comme chargé d’études avant de prendre des responsabilités dans la collecte et l’analyse de données. Lorsque Dagobert Banzio, qui dirige alors le cabinet, entre au gouvernement, Ange Fabien Guéi le rejoint au ministère de la Jeunesse, de l’Éducation civique et des Sports. Il y découvre pendant un peu plus de deux ans le fonctionnement de l’administration, les arbitrages budgétaires et la préparation de dossiers gouvernementaux.
En 2008, il revient vers son domaine d’origine en intégrant la filiale ivoirienne du négociant britannique Armajaro. Responsable puis directeur des achats, il travaille directement sur les volumes de café et de cacao. Son parcours se poursuit ensuite chez Africa Sourcing, où des documents de l’entreprise le présentent encore en 2016 comme directeur des achats engagé auprès des coopératives de producteurs.
Ce passage par le monde agricole est loin d’être un simple détail biographique. Il place Ange Fabien Guéi dans un univers où il faut gérer des volumes importants, négocier, suivre des performances, travailler avec des réseaux de producteurs et anticiper les mouvements d’un marché international. Autrement dit, bien avant de gérer des audiences et des programmes, il gérait déjà des opérations à grande échelle.
2018, le virage vers les médias
Le véritable changement intervient en 2018. Cette année-là, Ange Fabien Guéi est nommé directeur général adjoint d’Africa Sourcing et participe parallèlement à la diversification des activités du groupe. Parmi les nouveaux projets figure une future chaîne de télévision généraliste : NCI. Il en devient directeur général adjoint alors que le média est encore en construction. Dans le même temps, il intervient à Radio Nostalgie Côte d’Ivoire comme consultant-contrôleur général.
NCI commence à émettre sur la TNT ivoirienne le 12 décembre 2019. Une semaine plus tard, son lancement officiel est célébré à Abidjan. À l’époque, la chaîne arrive dans un marché qui s’ouvre progressivement à de nouveaux acteurs privés et affiche déjà l’ambition de produire une large part de ses programmes en Côte d’Ivoire.
Ange Fabien Guéi ne devient pas immédiatement le numéro un. Il accompagne d’abord le projet depuis sa phase de lancement, puis prend la direction générale de NCI en juin 2020, environ six mois après le démarrage de la chaîne. Deux ans plus tard, en septembre 2022, il devient également directeur général de Radio Nostalgie Côte d’Ivoire. Il se retrouve ainsi à piloter deux médias aux histoires très différentes : une télévision encore jeune et une radio installée depuis trois décennies dans les habitudes du public ivoirien.
Faire grandir une télévision née avec la TNT
Lorsque NCI apparaît en 2019, le défi est particulier. Il ne s’agit pas seulement de remplir une grille de programmes, mais de trouver une identité suffisamment claire pour exister aux côtés de la télévision publique et des autres chaînes privées qui émergent au même moment.
Au fil des années, NCI construit cette identité autour de plusieurs piliers : information, débats, divertissement, culture et sport. La chaîne investit également très fortement le numérique. En 2026, elle revendique plusieurs millions d’abonnés sur ses différentes plateformes, tandis que sa chaîne YouTube officielle dépasse largement le million d’abonnés. NCI est également distribuée au-delà de la Côte d’Ivoire, notamment sur plusieurs bouquets accessibles en Europe.
L’intérêt du parcours de Guéi se trouve peut-être moins dans ces chiffres que dans la manière dont son métier de dirigeant s’est progressivement élargi. La télévision qu’il pilote n’est plus seulement un diffuseur de programmes achetés ou de rendez-vous de plateau. Elle cherche désormais à devenir elle-même productrice de contenus capables d’exister au-delà de l’antenne.
Passer de la diffusion à la création
Cette évolution devient particulièrement visible en 2026 avec NCI Création. Après la série Castes puis L’Effet Papillon, la chaîne poursuit avec L’Agence et affiche l’objectif de proposer régulièrement de nouvelles œuvres originales. Ange Fabien Guéi explique alors vouloir faire de la création originale l’un des axes de développement de NCI, avec l’ambition annoncée d’installer un nouveau rendez-vous environ tous les trois mois.
Cette stratégie change la place du média dans la chaîne de valeur culturelle. Une télévision qui produit ou coproduit des fictions ne se contente plus d’offrir une fenêtre aux artistes : elle finance des projets, fait travailler auteurs, comédiens, réalisateurs et techniciens, prend un risque éditorial et participe directement à la constitution d’un catalogue d’œuvres ivoiriennes.
En 2026, NCI est ainsi également annoncée comme coproductrice et partenaire média d’Ébinto, adaptation cinématographique du roman Les Frasques d’Ébinto d’Amadou Koné. Le projet illustre assez bien la nouvelle orientation défendue par la chaîne : utiliser la puissance d’un média généraliste pour accompagner la création locale et lui ouvrir de nouveaux espaces de diffusion.
Le sport comme autre terrain d’expérimentation
Le sport constitue une autre facette de cette montée en puissance. NCI a obtenu la production et la diffusion de rencontres des Éléphants dans le cadre des éliminatoires africaines de la Coupe du monde 2026. Pour certains matchs, la chaîne a déployé ses propres équipes sur le terrain et un dispositif de production allant jusqu’à seize caméras, tout en combinant télévision et radio avec Nostalgie.
Ce rapprochement entre les deux médias qu’il dirige est intéressant. Télévision, radio, réseaux sociaux et production événementielle sont de plus en plus pensés comme un ensemble plutôt que comme des activités séparées. Lorsqu’un grand rendez-vous sportif ou culturel se présente, les équipes peuvent être mobilisées simultanément sur plusieurs supports.
C’est probablement là que l’expérience de manager d’Ange Fabien Guéi apparaît le plus nettement : derrière les visages connus de l’antenne, son rôle consiste surtout à faire fonctionner une organisation, construire une offre, arbitrer les investissements et transformer les contenus en projets capables d’attirer à la fois public et annonceurs.
Radio Nostalgie, l’autre moitié de l’équation
La situation est différente avec Radio Nostalgie. Lorsque Guéi en prend la direction générale en 2022, il ne s’agit pas d’installer une nouvelle marque. La station existe en Côte d’Ivoire depuis 1993 et possède déjà une longue histoire.
Le travail consiste donc davantage à renouveler une radio installée sans perdre ce qui constitue sa force. Les dernières saisons ont vu la grille s’enrichir de nouvelles émissions, de talk-shows sportifs et de formats davantage tournés vers le divertissement et les personnalités ivoiriennes. La station a également transformé ses célébrations d’anniversaire en événements grand public : pour ses 32 ans en 2025, Nostalgie a notamment lancé le festival Nostalgie en Folie, dont la direction a revendiqué plus de 5 000 participants pour la première édition officielle.
Diriger à la fois NCI et Nostalgie lui impose donc deux logiques presque opposées : consolider et moderniser une marque radio trentenaire tout en continuant à accélérer le développement d’une télévision née seulement en 2019.
De NCI à la gouvernance de l’audiovisuel africain
La reconnaissance professionnelle d’Ange Fabien Guéi s’étend aujourd’hui bien au-delà de ses deux antennes. Cette dimension continentale commence notamment à prendre forme en 2022, lorsqu’il fait intégrer NCI à l’Union africaine de radiodiffusion, l’UAR-AUB, organisation panafricaine héritière de l’ancienne Union des radiodiffusions et télévisions nationales d’Afrique, l’URTNA. Créée sous cette première appellation en 1962, l’organisation est devenue l’UAR en 2006 et s’est progressivement ouverte aux acteurs privés du paysage audiovisuel africain.
NCI est par ailleurs devenue en 2022 la deuxième chaîne privée africaine à intégrer l’Union. Cette adhésion ne se résume pas à une présence institutionnelle : elle inscrit la jeune chaîne ivoirienne dans un réseau continental consacré notamment à la coopération entre diffuseurs, aux échanges de contenus, à la formation et à la défense des intérêts communs du secteur audiovisuel. L’UAR rassemble aujourd’hui des dizaines de radiodiffuseurs publics et privés du continent.
Quatre ans plus tard, Ange Fabien Guéi franchit une nouvelle étape. Lors de la 17e Assemblée générale de l’UAR, organisée du 14 au 17 avril 2026 à Banjul, en Gambie, l’organisation élargit la place accordée au secteur privé dans sa gouvernance. Le nombre de sièges réservés aux diffuseurs privés au sein du Conseil exécutif passe d’un à trois. NCI rejoint alors cette instance aux côtés de Label TV et du groupe Africa 24.
Ange Fabien Guéi devient ainsi l’un des trois représentants des chaînes privées africaines au sein du Conseil exécutif de l’UAR, aux côtés de Mactar Silla, fondateur de Label TV, et de Constant Nemale, fondateur du groupe Africa 24. Ce dernier avait lui-même fait adhérer Africa 24 à l’UAR quelques années auparavant. Pour le directeur général de NCI, cette entrée dans l’exécutif de l’Union représente un changement d’échelle : il ne s’agit plus uniquement de piloter deux médias ivoiriens, mais aussi de participer aux discussions qui concernent l’avenir collectif des diffuseurs africains.
À Banjul, il intervient d’ailleurs dans un panel consacré à l’augmentation du coût des droits de retransmission sportive, aux côtés notamment de Grégoire Ndjaka, directeur général de l’UAR, et de Pape Alé Niang, directeur général de la RTS sénégalaise. Le sujet touche directement à l’un des grands défis des médias africains : continuer à rendre accessibles les grandes compétitions sportives tout en faisant face à des droits de diffusion devenus de plus en plus coûteux.
Cette présence au Conseil exécutif donne une autre profondeur au parcours d’Ange Fabien Guéi. En quelques années, NCI est passée du statut de nouvelle chaîne privée ivoirienne à celui de média représenté dans une instance continentale chargée de réfléchir à la coopération, à la transformation numérique, aux contenus et aux enjeux économiques de l’audiovisuel africain.
En 2026, cette reconnaissance dépasse également l’UAR : Ange Fabien Guéi a été choisi comme parrain de la quatrième édition du Salon international de l’audiovisuel du Cameroun, organisée à Douala autour du financement, de la valorisation et de la protection des créations audiovisuelles africaines.
À cette occasion, son discours est révélateur du tournant qu’il veut défendre : pour lui, le problème de l’audiovisuel africain n’est plus seulement de savoir créer des contenus, mais de construire les structures capables de les financer, de les produire et surtout d’en maîtriser la diffusion. Il y défend notamment la mutualisation entre acteurs africains comme condition d’une industrie audiovisuelle plus autonome.
Il intervient également dans les discussions collectives du secteur ivoirien. En 2025, il a représenté les éditeurs audiovisuels lors de la signature du dispositif réunissant la HACA, Kantar et le Groupement d’intérêt économique des médias audiovisuels autour de la mesure des audiences radio et télévision en Côte d’Ivoire. Il siège par ailleurs au conseil de gestion de l’Agence de soutien et de développement des médias en qualité de représentant des éditeurs de services audiovisuels.
Un dirigeant média venu d’ailleurs
Ce qui rend finalement le parcours d’Ange Fabien Guéi intéressant n’est pas seulement la position qu’il occupe aujourd’hui. C’est précisément le fait qu’il ne vient pas du parcours traditionnel d’un homme de télévision.
Il n’a pas commencé comme journaliste, animateur ou producteur. Il est passé par l’agronomie, où il est sorti major de sa promotion, les études économiques, l’administration publique, le négoce international et la filière cacao avant d’entrer dans l’audiovisuel. Cette expérience extérieure au monde des médias explique peut-être une manière très entrepreneuriale d’aborder le secteur : raisonner en organisation, en diversification, en marchés, en investissements et en nouveaux relais de croissance.
Le 3 septembre 2026, aux Folies Bergère à Paris, les Africa Next Awards distingueront ainsi moins une carrière linéaire qu’une capacité à changer complètement de terrain tout en conservant les mêmes réflexes de gestion et de développement. Huit ans seulement après son arrivée dans l’audiovisuel, Ange Fabien Guéi se trouve aujourd’hui à la tête de deux marques importantes du paysage médiatique ivoirien. Avec l’entrée de NCI à l’UAR puis sa propre accession au Conseil exécutif de l’organisation en avril 2026, cette trajectoire a désormais pris une dimension continentale. Elle accompagne une ambition plus large : faire des médias non seulement des diffuseurs, mais aussi des acteurs économiques capables de produire, de défendre et de faire circuler davantage de créations africaines.