De la chute de Maduro au pétrole : comment Washington a rebattu les cartes au Venezuela
Huit mois après la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines, Washington obtient un accès sans précédent au pétrole vénézuélien. L’accord annoncé porte sur des actifs représentant plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées. Derrière la recomposition politique de Caracas se joue désormais une bataille énergétique, économique et géopolitique majeure.


Avant la chute de Maduro, une pression américaine devenue militaire
La chute de Nicolás Maduro n’est pas survenue en une nuit. Durant 2025, l’administration Trump avait considérablement renforcé la pression contre Caracas, accusant notamment le pouvoir vénézuélien d’être lié au narcotrafic et à des organisations criminelles. Washington a déployé d’importants moyens militaires dans les Caraïbes et lancé, à partir de septembre, une série de frappes meurtrières contre des embarcations présentées comme impliquées dans le trafic de drogue, des opérations dont la légalité a été contestée.
Les États-Unis ont parallèlement renforcé les sanctions, intercepté des pétroliers et conduit en décembre une frappe de drone de la CIA sur le territoire vénézuélien, selon Associated Press. L’escalade aboutit finalement à une intervention directe contre le cœur du pouvoir à Caracas.
3 janvier 2026 : l’opération qui fait tomber Maduro
À l’aube du 3 janvier, les forces spéciales américaines lancent l’opération « Absolute Resolve ». Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores sont appréhendés dans une résidence de Caracas, puis transférés aux États-Unis. Le dirigeant vénézuélien, que Washington ne reconnaissait plus comme président légitime, est conduit à New York pour répondre notamment d’accusations américaines liées au narcotrafic. Le département américain de la Justice a depuis officiellement confirmé l’existence et le nom de cette opération militaire. Cette capture constitue un basculement historique : après des années de sanctions et de confrontation, Washington intervient directement sur le territoire vénézuélien pour neutraliser le chef de l’État.
Maduro parti, Delcy Rodríguez prend les commandes
La disparition de Maduro du pouvoir ne provoque pourtant pas l’effondrement complet de l’appareil chaviste. Dès le 3 janvier, la Cour suprême vénézuélienne ordonne à la vice-présidente Delcy Rodríguez d’assumer les fonctions présidentielles afin de garantir la continuité de l’État. Elle prête officiellement serment le 5 janvier. Une situation paradoxale s’installe alors : Washington vient de renverser Maduro, mais travaille progressivement avec une personnalité qui fut l’une des figures centrales de son gouvernement. Ce pragmatisme va devenir essentiel pour comprendre la suite : plutôt qu’une rupture totale avec toutes les structures existantes, les États-Unis trouvent à Caracas une interlocutrice avec laquelle reconstruire les relations politiques et surtout économiques.
Le pétrole apparaît immédiatement au centre de l’après-Maduro
Trois jours seulement après la capture de Maduro, Donald Trump annonce son intention de raffiner et commercialiser jusqu’à 50 millions de barils de pétrole vénézuélien alors immobilisés sous le régime des restrictions américaines. Le pétrole n’est évidemment pas la seule dimension du conflit entre Washington et Caracas, mais son importance est incontournable : le Venezuela possède environ 303 milliards de barils de réserves prouvées, les plus importantes au monde. Son industrie, longtemps affaiblie par le sous-investissement, les sanctions, les problèmes de gestion et la crise économique, représente donc un potentiel considérable.
Pour les raffineries américaines, le brut lourd vénézuélien présente aussi un intérêt industriel particulier, certaines installations du golfe du Mexique étant historiquement adaptées à son traitement. Dès les premières semaines de l’après-Maduro, la question n’est donc plus seulement de savoir qui gouvernera le Venezuela, mais qui pourra produire, investir et commercialiser son immense pétrole.
65 milliards de barils : l’accord qui change la dimension du dossier
Le 28 août, près de huit mois après la capture de Maduro, Donald Trump annonce ce qu’il présente comme « le plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale ». Selon Washington, le dispositif donne aux États-Unis un contrôle majoritaire sur des actifs représentant plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées, soit environ un cinquième des réserves du Venezuela.
Associated Press rapporte qu’une nouvelle structure doit développer 17 champs pétroliers et que la participation opérationnelle américaine atteindrait 55 %, tandis que les États-Unis disposeraient d’un accès à du pétrole à prix coûtant. Delcy Rodríguez a elle-même confirmé l’accord et avance près de 100 milliards de dollars d’investissements privés ainsi qu’un potentiel de 209 milliards de dollars de recettes fiscales pour son pays. Mais des inconnues majeures subsistent : tous les contrats, les entreprises concernées et l’architecture juridique complète n’ont pas encore été publiés.
Ce que les États-Unis peuvent réellement gagner
L’intérêt américain est d’abord énergétique. Trump affirme que l’opération permettrait de plus que doubler les réserves pétrolières auxquelles les États-Unis peuvent accéder et, à terme, de réduire le prix des carburants. Washington pourrait également disposer d’un approvisionnement garanti en brut vénézuélien à des conditions avantageuses, renforcer sa réserve stratégique et offrir de nouveaux marchés à ses entreprises énergétiques. Chevron négocie déjà une extension importante de ses activités et un contrôle opérationnel accru de plusieurs projets vénézuéliens.
Mais l’enjeu dépasse les stations-service américaines : reprendre une place dominante dans l’industrie pétrolière du Venezuela permettrait aussi à Washington de réduire l’influence énergétique de concurrents comme la Chine et de renforcer son poids stratégique dans l’hémisphère occidental. Le bénéfice ne sera toutefois pas immédiat : remettre en état des infrastructures pétrolières dégradées nécessitera des investissements considérables et plusieurs années.
Une question désormais impossible à éviter : jusqu’où pétrole et politique se sont-ils entremêlés ?
La chronologie nourrit inévitablement le débat. Pendant des années, Washington combat Maduro au nom de la démocratie, des droits humains, de la sécurité et de la lutte contre le narcotrafic. En janvier 2026, une opération militaire américaine le capture. Huit mois plus tard, les États-Unis annoncent un accord leur donnant une position sans précédent sur une partie considérable des ressources pétrolières du pays. Cela ne démontre pas que l’intervention militaire avait pour seul objectif le pétrole : l’affirmer comme un fait dépasserait les éléments disponibles.
Mais le bénéfice stratégique obtenu par Washington est désormais tangible. Pour Caracas, l’accord peut apporter investissements, emplois, technologies et recettes indispensables à la reconstruction d’une industrie affaiblie. Pour Washington, il offre pétrole, influence économique et sécurité énergétique. Entre ces deux lectures demeure une interrogation qui accompagnera longtemps l’après-Maduro : les États-Unis ont-ils principalement stabilisé un voisin en crise, ou transformé une victoire géopolitique en avantage énergétique historique ?


