2011, l'année qui devait tout changer
En février 2011, dans le sillage des Printemps arabes, une insurrection éclate contre Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969. Une coalition internationale intervient ensuite sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, avant que l’OTAN ne prenne le commandement des opérations militaires. Kadhafi est capturé et tué en octobre 2011. Mais la disparition de son régime n’ouvre pas la transition stable espérée : les divisions politiques et militaires vont rapidement s’approfondir.
Un pays qui se heurte à la problématique de l'unification
Quinze ans plus tard, l’ONU décrit toujours une Libye enfermée dans une transition instable, avec des institutions fragmentées et de puissants groupes armés. À l’Ouest, Tripoli accueille le Gouvernement d’unité nationale. À l’Est, un autre centre de pouvoir s’appuie notamment sur la Chambre des représentants et les forces de Khalifa Haftar. Les élections nationales prévues en décembre 2021 n’ont jamais eu lieu, prolongeant un système institutionnel provisoire devenu presque permanent.
Violences et assassinats ont marqué l'après-Kadhafi
La disparition du régime n’a pas mis fin à la violence politique. Responsables publics, militants, journalistes, militaires et figures de groupes armés ont été visés au fil des différentes phases du conflit. En mai 2025 encore, l’assassinat d’un puissant commandant de groupe armé à Tripoli avait déclenché de violents affrontements dans la capitale. La fragmentation des forces de sécurité continue de rendre toute stabilisation particulièrement fragile.
Un géant pétrolier qui paie très cher son instabilité
Le paradoxe libyen reste saisissant : le pays dispose d’immenses ressources pétrolières et a retrouvé une forte production, mais son potentiel économique demeure largement inexploité. La Banque mondiale estime que dix années d’instabilité ont représenté environ 600 milliards de dollars de pertes économiques cumulées, en dollars constants de 2015. Elle estime également que, sans conflit, le PIB libyen de 2023 aurait pu être 74 % plus élevé. En 2026, l’économie bénéficie du pétrole, mais reste exposée aux rivalités politiques et institutionnelles.
L'OTAN explique-t-elle à elle seule le chaos libyen ?
L’intervention de 2011 constitue un tournant historique majeur et la gestion de l’après-Kadhafi reste fortement débattue. Mais réduire quinze années de crise à la seule intervention occidentale effacerait les responsabilités des acteurs libyens, les guerres civiles, la prolifération des milices, les rivalités institutionnelles et les multiples ingérences étrangères qui ont suivi. Quinze ans après, la question centrale n’est donc plus seulement de savoir pourquoi l’ancien régime est tombé, mais pourquoi la Libye n’a toujours pas réussi à construire un ordre politique partagé.