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Des Bleus à la justice : les dessous de l’affaire Mohamed Sanhadji

Pendant plus de vingt ans, Mohamed Sanhadji a été l’un des hommes les plus discrets et les plus proches des joueurs de l’équipe de France. Mis en examen en septembre, l’ancien policier est désormais au cœur d’une affaire mêlant versements d’argent, prêts, cadeaux, services personnels et soupçons d’utilisation de son influence. L’enquête de L’Équipe révèle surtout comment une relation professionnelle fondée sur la confiance aurait progressivement débordé vers une multitude de relations privées.

Ouattara Zana Abou
1 octobre 2026·3 min de lecture·42 vues
Des Bleus à la justice : les dessous de l’affaire Mohamed Sanhadji

★ Points clés

  • •Mohamed Sanhadji travaillait auprès de l’équipe de France depuis 2004 et était devenu l’un des hommes de confiance de plusieurs générations de Bleus.
  • •L’enquête judiciaire a notamment été alimentée par un signalement de Tracfin concernant un versement supérieur à 60 000 euros provenant de Kylian Mbappé.
  • •L’enquête de L’Équipe rapporte environ 215 000 euros de prêts obtenus en 2024 auprès de plusieurs joueurs ou anciens joueurs, dont 120 000 euros attribués à Kylian Mbappé.
  • •Des cadeaux, voyages, frais personnels et services réciproques sont également évoqués ; leur nature et leur éventuelle portée pénale doivent être établies par la justice.
  • •Mohamed Sanhadji est mis en examen pour plusieurs infractions présumées, mais demeure présumé innocent tant qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.

« Momo », l’homme qui connaissait presque tous les secrets des Bleus

Plus de vingt ans dans l’intimité de l’équipe de France

Pour comprendre l’ampleur de l’affaire Mohamed Sanhadji, il faut d’abord comprendre qui est cet homme. Ancien commandant de police, il est mis à disposition de la Fédération française de football en 2004 comme officier de liaison et de sécurité. Pendant plus de deux décennies, il accompagne les Bleus dans leurs déplacements, leurs hôtels, leurs rassemblements et les grandes compétitions internationales. La FFF le présente officiellement comme officier de liaison et de sécurité. 

Il traverse plusieurs générations : Raymond Domenech, Laurent Blanc, Didier Deschamps, les champions du monde 2018, puis le nouveau cycle de Zinédine Zidane. Il connaît Knysna, l’Euro 2016, le sacre de Moscou en 2018 et la finale mondiale de 2022. L’Équipe décrivait déjà en 2019 un homme bénéficiant d’une « confiance sans borne » de nombreux internationaux. 

Bien davantage qu’un simple garde du corps

Sa fonction ne consiste pas uniquement à marcher à côté des joueurs. Un officier de liaison et de sécurité évolue au croisement de plusieurs univers : joueurs, sélectionneur, FFF, forces de sécurité, organisateurs, hôtels et autorités publiques. Il peut intervenir dans la préparation des déplacements, les dispositifs de protection ou les problèmes logistiques.

Cette proximité quotidienne crée une relation particulière. En 2016, TF1 le décrivait comme « l’ange gardien » des Bleus.  Il devient progressivement une personne de confiance pour plusieurs stars. C’est précisément cette frontière entre fonction professionnelle et proximité personnelle que l’enquête judiciaire et les révélations de L’Équipe interrogent aujourd’hui.

Le premier signal d’alarme : plus de 60 000 euros versés par Kylian Mbappé

Le versement qui déclenche une affaire beaucoup plus vaste

À l’origine de la procédure judiciaire se trouve notamment un versement de Kylian Mbappé. En juin 2023, Mohamed Sanhadji reçoit plus de 60 000 euros du capitaine des Bleus. L’opération finit par attirer l’attention de Tracfin, le service de renseignement financier du ministère français de l’Économie. Un signalement est effectué durant l’été 2024. Une enquête préliminaire est ensuite ouverte notamment pour blanchiment de fraude fiscale et travail dissimulé. 

Le domicile de Mohamed Sanhadji est perquisitionné en octobre 2024. Le dossier judiciaire s’élargit progressivement. L’ancien policier est finalement placé en garde à vue puis mis en examen en septembre 2026 pour une série d’infractions présumées beaucoup plus étendue que la seule question du versement de Mbappé. 

Une affaire qui lui coûte également sa carrière policière

L’administration avait parallèlement examiné la situation. Selon L’Équipe, ce don, déclaré par Sanhadji mais considéré comme irrégulier par sa hiérarchie, a contribué à sa mise à la retraite anticipée de la fonction publique. Il a néanmoins continué à travailler auprès des Bleus après avoir été recruté directement par la FFF. 

La situation est alors paradoxale : l’homme devient trop controversé pour poursuivre normalement sa carrière de policier, mais demeure suffisamment apprécié par l’environnement sportif pour rester auprès de l’équipe de France. À l’été 2026 encore, son avenir provoque des tensions entre la FFF et l’encadrement des Bleus.

215 000 euros pour une maison : les prêts qui interrogent

Une quinzaine de joueurs et anciens joueurs auraient été approchés

L’enquête publiée par L’Équipe le 1er octobre fait apparaître un autre volet. En 2024, Mohamed Sanhadji aurait sollicité plusieurs internationaux et anciens internationaux pour obtenir de l’argent afin de financer l’achat d’une maison. Selon les éléments rapportés, les prêts effectivement obtenus auraient atteint environ 215 000 euros. 

Kylian Mbappé aurait apporté la somme la plus importante, avec 120 000 euros versés par l’intermédiaire de sa mère, Fayza Lamari. Raphaël Varane, Sabri Lamouchi et Laurent Blanc auraient chacun prêté 20 000 euros. Yann M’Vila aurait versé 15 000 euros et Mattéo Guendouzi 7 500 euros. Ces montants, rapportés par l’enquête de L’Équipe et repris par Le Parisien, ne signifient pas que les joueurs concernés aient commis une infraction. 

Ce que la justice devra déterminer

La question ne porte donc pas uniquement sur l’existence de prêts privés. Prêter de l’argent à une connaissance n’est évidemment pas en soi une infraction. Ce qui intéresse l’enquête est notamment le contexte dans lequel ces sommes auraient été demandées, les informations communiquées aux prêteurs et l’usage qui aurait ensuite été fait de l’argent.

L’Équipe rapporte que Sanhadji aurait présenté l’acquisition comme liée à une situation personnelle et familiale difficile, alors que des éléments recueillis dans l’enquête suggéreraient un projet comportant une dimension d’investissement locatif.  La qualification juridique éventuelle de ces faits appartient cependant à la justice.

Une mécanique fondée sur la confiance et la proximité avec les stars ?

Des demandes qui auraient été individualisées

L’un des aspects les plus saisissants de l’enquête concerne la nature des relations entretenues avec les joueurs. Selon les éléments rapportés par L’Équipe, Mohamed Sanhadji aurait adressé à plusieurs grandes figures du football français des messages extrêmement chaleureux, donnant parfois à chacun le sentiment d’entretenir avec lui une relation particulièrement privilégiée.

Antoine Griezmann, Olivier Giroud, Thierry Henry ou Zinédine Zidane auraient notamment reçu des formulations très valorisantes. En soi, ces messages ne prouvent évidemment rien d’illégal. Ils deviennent toutefois intéressants pour les enquêteurs lorsqu’ils sont replacés dans un ensemble comprenant demandes d’argent, cadeaux et services.

Le secret autour de certains prêts

Selon l’enquête publiée le 1er octobre, Mohamed Sanhadji aurait également demandé à certains prêteurs de ne pas parler des sommes versées aux autres joueurs. Cette discrétion supposée constitue l’un des éléments susceptibles d’intéresser particulièrement les enquêteurs.

L’enjeu sera de déterminer si l’ancien policier entretenait simplement des relations amicales séparées avec plusieurs joueurs ou s’il utilisait méthodiquement la confiance acquise grâce à ses fonctions pour obtenir des avantages. Là encore, seule la procédure judiciaire pourra transformer les soupçons et témoignages en faits juridiquement établis.

Voyages, soins, invitations : l’affaire dépasse largement les prêts

Des avantages en nature également recensés

Les révélations ne se limitent pas aux transferts bancaires. Selon L’Équipe, plusieurs proches ou joueurs auraient pris en charge certaines dépenses personnelles de Mohamed Sanhadji. Fayza Lamari aurait ainsi réglé environ 7 000 euros de frais dentaires. La famille Mbappé aurait également participé au financement d’un déplacement d’un club lié à ses fils et l’aurait invité, avec sa famille, autour de PSG-Bayern en 2023, avec notamment une nuit dans un établissement parisien haut de gamme. 

Franck Ribéry lui aurait de son côté offert un séjour en Sicile évalué à environ 6 000 euros, après une intervention administrative dont auraient bénéficié des membres de son entourage. D’autres relations personnelles avec des célébrités sont également évoquées.

Quand le service rendu devient une question judiciaire

Pris séparément, une invitation, un voyage ou un cadeau entre amis n’a rien d’exceptionnel dans un milieu où circulent des revenus très élevés. Le problème change de nature lorsqu’un bénéficiaire exerce parallèlement une fonction publique ou dispose, du fait de cette fonction, d’un accès privilégié à certaines administrations ou institutions.

C’est notamment pour cette raison que le dossier comprend des qualifications de corruption et de trafic d’influence. La justice doit déterminer si certains avantages étaient de simples gestes privés ou s’ils pouvaient être associés, directement ou indirectement, à l’utilisation de fonctions, de relations ou d’une influence institutionnelle.

Des joueurs auraient aussi sollicité son réseau : une relation à double sens

Sanhadji n’aurait pas été le seul à demander des services

C’est un aspect important pour comprendre la complexité du dossier. La relation décrite par les différents articles n’aurait pas fonctionné dans un seul sens. Plusieurs personnalités du football auraient également sollicité Mohamed Sanhadji pour obtenir des services, faciliter certaines démarches ou résoudre des problèmes.

La Dépêche, reprenant l’enquête de L’Équipe, rapporte par exemple que Patrice Evra lui aurait promis 10 000 euros s’il parvenait à trouver 80 places pour une finale de Ligue des champions. L’existence d’une telle proposition rapportée ne signifie pas automatiquement qu’un paiement illégal ait effectivement été réalisé.

L’accès devient alors la véritable monnaie du système

Cette dimension permet de comprendre pourquoi les enquêteurs s’intéressent au trafic d’influence. Pendant vingt ans, Sanhadji a accumulé un carnet d’adresses exceptionnel : dirigeants du football, policiers, administrations, joueurs, sélectionneurs et personnalités publiques.

L’affaire pose donc une question dépassant les montants eux-mêmes : un professionnel placé au centre d’un réseau institutionnel peut-il finir par transformer sa capacité d’accès en capital personnel ? C’est précisément ce que l’information judiciaire devra établir ou écarter.

Corruption, trafic d’influence, escroquerie : ce que la justice lui reproche réellement

Une liste particulièrement lourde de qualifications

Le dossier change d’échelle en septembre 2026. À l’issue de sa garde à vue, Mohamed Sanhadji est mis en examen. Selon Le Monde, les qualifications retenues comprennent notamment recel de détournement de fonds publics, corruption active d’une personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence actif et passif, trafic d’influence international passif, corruption passive, escroquerie et blanchiment de fraude fiscale. 

Cette liste ne signifie pas qu’il est reconnu coupable de ces infractions. En droit français, la mise en examen intervient lorsqu’un juge d’instruction considère qu’il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable la participation d’une personne aux faits investigués. La suite de l’instruction doit précisément déterminer quelles accusations peuvent être étayées.

La défense dénonce déjà les conséquences de la procédure

Mohamed Sanhadji bénéficie donc pleinement de la présomption d’innocence. Son entourage n’a pas commenté en détail les nouvelles révélations publiées par L’Équipe. Son avocat, Abdel Aïssou, avait en revanche vivement critiqué auprès du Monde les restrictions imposées par le contrôle judiciaire, estimant qu’elles revenaient à provoquer une « mort sociale » et professionnelle avant tout jugement. 

Cette position doit également faire partie du récit. L’enquête journalistique expose des éléments très lourds ; l’instruction judiciaire cherche à les qualifier ; mais aucun jugement définitif n’a encore établi la culpabilité de l’ancien policier.

Au-delà de « Momo », l’affaire pose une question embarrassante à la FFF et aux Bleus

Comment une telle proximité a-t-elle pu durer aussi longtemps ?

L’affaire Mohamed Sanhadji dépasse désormais son cas personnel. Pendant plus de vingt ans, le même homme a occupé une position exceptionnelle auprès des internationaux français. Il était simultanément professionnel de la sécurité, intermédiaire quotidien, confident et proche personnel de plusieurs joueurs.

La FFF savait par ailleurs qu’une première controverse existait autour du versement de Kylian Mbappé. Malgré sa retraite anticipée de la police, Sanhadji avait été conservé dans l’environnement des Bleus. En juillet 2026, L’Équipe rapportait même que son maintien avait constitué un sujet de tensions entre la direction fédérale et l’encadrement sportif. 

Zidane voulait conserver un homme jugé indispensable

La situation est d’autant plus sensible que Zinédine Zidane souhaitait conserver Mohamed Sanhadji dans son nouveau staff. L’Équipe rapporte que le nouveau sélectionneur avait insisté auprès de la Fédération afin que l’ancien officier continue à occuper un rôle central dans la logistique et la sécurité. 

Sa mise en examen a brutalement changé la situation. Son contrôle judiciaire l’empêche de participer normalement aux rassemblements et oblige désormais la FFF à réfléchir à son remplacement. L’affaire touche ainsi directement l’organisation du nouveau cycle des Bleus.

Une affaire de gouvernance autant qu’une affaire d’argent

C’est peut-être la principale leçon institutionnelle de ce dossier. Dans une sélection nationale, les joueurs doivent pouvoir nouer des relations humaines avec les membres du staff. Mais lorsque ces relations débouchent sur des prêts importants, des cadeaux, des voyages ou des demandes d’intervention, la frontière entre confiance personnelle et fonction professionnelle devient extrêmement fragile.

L’enquête judiciaire devra dire ce qui relève du délit et ce qui relève simplement de relations privées atypiques. La FFF, elle, devra répondre à une autre question : quelles règles doivent encadrer les relations financières et les avantages entre joueurs et personnes disposant d’une fonction institutionnelle autour des Bleus ? Derrière les centaines de milliers d’euros évoqués, c’est finalement un système de confiance construit pendant plus de vingt ans qui se retrouve aujourd’hui sous le regard de la justice.

Chronologie

2004

Mohamed Sanhadji rejoint l’encadrement de l’équipe de France comme officier de liaison et de sécurité

Juin 2023

Versement de plus de 60 000 euros provenant de Kylian Mbappé

2024

Signalement de Tracfin et ouverture d’une enquête

2024

Prêts totalisant environ 215 000 euros rapportés par L’Équipe

Septembre 2026.

Mise en examen de Mohamed Sanhadji

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