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La transition écologique aura-t-elle assez de ressources pour tenir ses promesses ?

La transition écologique repose sur des minerais de plus en plus demandés. Pour l’Afrique, l’enjeu est clair : ne plus seulement extraire, mais transformer localement et mieux capter la valeur.

Grâce Manuela Keyi
27 septembre 2026·3 min de lecture·43 vues
La transition écologique aura-t-elle assez de ressources pour tenir ses promesses ?
© AxInfos img

★ Points clés

  • •Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande des principaux minerais liés à l’énergie progresse à un rythme proche de 10 % par an en moyenne ces dernières années. Celle du lithium a augmenté d’environ 25 % par an en moyenne sur les deux dernières années.
  • •L’Afrique possède une part importante des réserves mondiales de plusieurs minerais essentiels à la transition, notamment le cobalt, le manganèse et le graphite.
  • •La question de la transition concerne aussi la manière dont ces ressources sont extraites, transformées et valorisées.

Une transition qui repose aussi sur les minerais

On parle beaucoup de transition écologique. De décarbonation, d’électrification, d’énergies renouvelables. Mais une question reste moins présente dans le débat : sur quoi cette transition repose-t-elle matériellement ?

Derrière les batteries, les réseaux électriques, les éoliennes ou les panneaux solaires, il y a des minerais. Beaucoup de minerais. Cuivre, lithium, cobalt, graphite, nickel, terres rares : leur extraction constitue l’un des points de départ de cette transformation.

À mesure que la demande augmente, une interrogation se dessine : sommes-nous réellement en train de réduire nos dépendances, ou sommes-nous simplement en train de les déplacer ?

Une transition qui commence dans le sous-sol

La transition énergétique modifie profondément les besoins en matières premières. Les batteries, les réseaux électriques et les technologies renouvelables nécessitent des quantités importantes de minerais.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale des principaux minerais liés à l’énergie a progressé à un rythme proche de 10 % par an en moyenne ces dernières années. Pour le lithium, la hausse atteint environ 25 % par an en moyenne sur les deux dernières années. En 2025, le secteur de l’énergie représentait près de 75 % de la croissance de la demande pour ces minerais.

Cette dynamique devrait se poursuivre. Dans son scénario fondé sur les politiques actuellement annoncées, l’AIE estime que la demande de plusieurs minerais critiques pourrait presque doubler d’ici 2040. Pour le lithium, elle pourrait être multipliée par plus de trois.

Le cuivre illustre déjà les tensions qui peuvent apparaître. L’AIE considère que les projets miniers actuellement annoncés pourraient conduire à un déficit d’approvisionnement d’environ 25 % à l’horizon 2035.

Où sont ces ressources ?

Une partie importante de ces ressources se trouve en Afrique.

D’après l’ONU Commerce et Développement (CNUCED), l’organisation des Nations unies chargée notamment des questions liées au commerce et au développement, le continent concentre notamment 48,1 % des réserves mondiales de cobalt, 47,7 % du manganèse et 21,6 % du graphite naturel.

La République démocratique du Congo occupe une place centrale pour le cobalt. D’autres pays africains disposent également de ressources importantes en cuivre, en graphite, en nickel ou en lithium.

Ces ressources placent donc le continent au cœur des chaînes d’approvisionnement nécessaires à la transition énergétique.

Mais posséder les ressources ne signifie pas forcément maîtriser la chaîne de valeur.

Extraire en Afrique, transformer ailleurs ?

Le minerai extrait n’est qu’une première étape. Après l’extraction viennent le raffinage, la transformation, la fabrication des composants, puis leur intégration dans les technologies utilisées à travers le monde.

C’est là que se joue une partie importante de l’enjeu économique : qui extrait, qui transforme et qui capte la valeur ?

Aujourd’hui, une grande partie de la transformation des minerais africains s’effectue encore en dehors du continent. L’ONU Commerce et Développement rapporte que les pays africains ne génèrent qu’environ 40 % des revenus qu’ils pourraient potentiellement tirer de leurs ressources minérales.

Pour les pays producteurs, développer la transformation locale, les infrastructures, les compétences et les chaînes de valeur régionales devient donc un enjeu majeur.

L’objectif serait alors de ne pas rester cantonné au rôle de fournisseur de matières premières, alors que ces ressources prennent une place croissante dans l’économie mondiale.

Changer de technologie, ou changer de modèle ?

La demande accrue en minerais va entraîner de nouvelles extractions. Mais l’augmentation de l’offre ne règle pas à elle seule la question de la pression exercée sur les ressources.

Le recyclage peut jouer un rôle clé. L’AIE estime qu’une accélération du recyclage des minerais issus des équipements arrivés en fin de vie pourrait réduire les besoins en nouvelles matières premières.

Allonger la durée de vie des équipements, favoriser leur réparation et leur réutilisation, concevoir des produits plus facilement recyclables : ces leviers permettent également de limiter la demande en ressources vierges.

Une transition qui oblige à repenser nos dépendances

Car derrière la transition énergétique se trouve une autre question : combien de ressources sommes-nous prêts à mobiliser pour transformer nos modes de production et de consommation ?

La transition écologique se joue donc aussi dans les mines, les usines, les chaînes de recyclage et dans la manière dont nous concevons et utilisons les technologies.

À vouloir sortir d’une dépendance, sommes-nous réellement en train de changer de modèle, ou simplement de déplacer le problème ?

Sources

Agence internationale de l’énergie (AIE), Global Critical Minerals Outlook 2026 : données sur la demande mondiale, les besoins futurs et les tensions d’approvisionnement en minerais critiques.

ONU Commerce et Développement (CNUCED), Unlocking value: Helping African economies diversify beyond raw minerals (2025) : données sur les réserves africaines et la valeur générée par les ressources minérales.

ONU Commerce et Développement (CNUCED), travaux sur les minerais critiques africains et les chaînes de valeur liées à la transition énergétique.

Agence internationale de l’énergie (AIE), Recycling of Critical Minerals : données sur le rôle du recyclage dans la réduction des besoins en nouvelles matières premières.

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