Cheick Cissé annonce la fin d’une carrière historique et se lance dans la course à la présidence de la Fédération ivoirienne de taekwondo
Après une carrière historique pour la Côte d’Ivoire, le champion olympique raccroche et vise la présidence de la Fédération de taekwondo

Premier champion olympique ivoirien, Cheick Cissé met fin à sa carrière à 33 ans et annonce sa candidature à la présidence de la Fédération ivoirienne de taekwondo. Retour sur le parcours exceptionnel d’un sportif qui veut désormais transmettre son expérience aux générations futures.
À 33 ans, Cheick Sallah Cissé Junior met un terme à une carrière qui aura profondément marqué l’histoire du sport ivoirien. Premier champion olympique de la Côte d’Ivoire, champion du monde et double médaillé olympique, celui qui a porté les couleurs nationales sur les plus grandes scènes internationales annonce désormais sa candidature à la présidence de la Fédération ivoirienne de taekwondo. Derrière cette décision se dessine une nouvelle ambition : transformer l’expérience d’un champion d’exception en un projet d’avenir pour toute une génération.
De Bouaké à Abidjan, les premiers pas d’un destin exceptionnel
Né le 19 septembre 1993 à Bouaké, dans le centre de la Côte d’Ivoire, Cheick Sallah Cissé Junior grandit dans le quartier populaire de Dar-es-Salam, au sein d’une famille de six enfants. Rien ne le prédestine alors à devenir l’un des sportifs les plus titrés de son pays. Son histoire commence loin des grandes infrastructures sportives, dans un environnement où les moyens sont limités, mais où la détermination peut faire toute la différence. Très jeune, il découvre les arts martiaux, notamment sous l’influence de son entourage familial. Son père, Abdel Kader Cissé, joue un rôle déterminant dans son orientation sportive. Après une première expérience dans le karaté, le jeune Cheick se tourne vers le taekwondo, une discipline qui finira par occuper une place centrale dans sa vie.
C’est à Koumassi, dans la capitale économique ivoirienne, que son talent commence véritablement à prendre forme. Au club INEKA, sous la direction de maître Lucien Christian Kragbé, il découvre les exigences du haut niveau. Les séances d’entraînement se succèdent, parfois dans des conditions particulièrement difficiles, avec des installations rudimentaires et peu de ressources. Pendant son adolescence, il doit également composer avec les contraintes familiales, les déplacements entre Yopougon et Koumassi et la tentation de se consacrer au football. Mais son entraîneur décèle chez lui des qualités rares : une capacité de travail remarquable, une grande résistance mentale et une volonté constante de progresser. Ces années de formation, marquées par les sacrifices et le soutien de ses proches, constituent les fondations de sa future réussite.
Rio 2016, le jour où Cheick Cissé fait entrer la Côte d’Ivoire dans l’histoire olympique
L’ascension du jeune taekwondoïste s’accélère progressivement. En 2013, il intègre l’équipe nationale ivoirienne et participe à la Coupe du monde par équipes organisée à Abidjan, où la Côte d’Ivoire décroche l’argent. L’année suivante, il devient champion d’Afrique à Tunis. En 2015, il confirme son potentiel en remportant notamment l’or aux Jeux africains de Brazzaville et au Grand Prix de Moscou. Ces résultats lui permettent de s’imposer parmi les meilleurs combattants internationaux de sa catégorie. Le jeune sportif de Bouaké ne se contente plus d’espérer une place au sommet. Il dispose désormais des performances nécessaires pour rivaliser avec l’élite mondiale.
Le 20 août 2016 restera la date qui change définitivement sa carrière et une partie de l’histoire sportive ivoirienne. Aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro, Cheick Cissé dispute la finale des moins de 80 kg face au Britannique Lutalo Muhammad. Alors qu’il est mené dans les dernières secondes du combat, il réussit un coup de pied décisif à la tête de son adversaire et renverse le score pour s’imposer 8 à 6. À seulement 22 ans, il devient le premier athlète ivoirien à remporter une médaille d’or aux Jeux olympiques, toutes disciplines confondues. Un exploit historique pour un pays qui attendait ce premier sacre depuis sa première participation aux Jeux, en 1964.
Au-delà de la performance sportive, cette victoire prend une dimension nationale. Lors de son retour à Abidjan, Cheick Cissé est accueilli en héros par une foule venue célébrer celui qui vient d’offrir à la Côte d’Ivoire son premier titre olympique. Son succès dépasse les frontières du taekwondo. Il devient un symbole de réussite, particulièrement pour les jeunes qui grandissent dans des quartiers populaires et aspirent à construire leur avenir grâce au sport. L’histoire du garçon de Dar-es-Salam, formé dans un club de Koumassi, prend alors une résonance particulière : celle d’un athlète qui a atteint le sommet sans avoir bénéficié, à ses débuts, des conditions réservées aux grandes nations sportives.
Un champion qui a su durer, se réinventer et conquérir le monde
Remporter un titre olympique constitue déjà une performance exceptionnelle. Rester compétitif pendant plusieurs années et parvenir à retrouver les sommets représente un défi autrement plus exigeant. Cheick Cissé l’a relevé en poursuivant sa progression après Rio. Il rejoint notamment l’Espagne pour travailler avec Juan Antonio Ramos, ancien champion du monde devenu entraîneur, et perfectionner sa préparation. Cette décision lui permet d’évoluer dans un environnement plus structuré, aux côtés d’autres athlètes de haut niveau, dont sa compatriote Ruth Gbagbi. Sa carrière connaît aussi des périodes difficiles. Aux Jeux olympiques de Tokyo, disputés en 2021, il est éliminé dès son entrée en compétition. Un revers important pour le champion en titre, qui refuse pourtant de considérer cette défaite comme l’aboutissement de son parcours.
Sa réponse intervient sur les tatamis internationaux. Le 4 juin 2023, à Bakou, en Azerbaïdjan, Cheick Cissé remporte le titre de champion du monde dans la catégorie des plus de 87 kg en battant le Mexicain Carlos Sansores en finale. Sept ans après son sacre olympique, l’Ivoirien prouve qu’il appartient toujours au cercle des meilleurs combattants de la planète. Cette même année, il s’impose notamment aux Grands Prix de Paris et de Manchester. Le 3 décembre 2023, World Taekwondo lui décerne le prix de meilleur athlète masculin de l’année, consacrant une saison exceptionnelle et une longévité sportive qui force le respect.
En 2024, à Paris, Cheick Cissé dispute ses troisièmes Jeux olympiques, après Rio et Tokyo. Dans la catégorie des plus de 80 kg, il décroche la médaille de bronze et offre à la Côte d’Ivoire son unique médaille de cette édition. Huit ans après avoir remporté l’or au Brésil, il retrouve ainsi un podium olympique et ajoute une nouvelle distinction majeure à son palmarès. Au moment de mettre un terme à sa carrière, son bilan témoigne de l’ampleur du chemin parcouru : un titre olympique, une deuxième médaille olympique en bronze, un titre de champion du monde, trois sacres aux Championnats d’Afrique, deux médailles d’or aux Jeux africains et sept victoires dans les épreuves de Grand Prix de World Taekwondo. Un ensemble de résultats qui le place parmi les grandes figures de l’histoire du taekwondo africain.
Un héritage qui dépasse largement les médailles
L’influence de Cheick Cissé ne se mesure pourtant pas uniquement au nombre de podiums obtenus. Avec Ruth Gbagbi, également championne du monde et double médaillée olympique, il a contribué à faire du taekwondo une discipline majeure dans le paysage sportif ivoirien. Leurs performances ont renforcé l’intérêt des familles, attiré de nouveaux pratiquants et donné une visibilité internationale aux clubs et aux entraîneurs du pays. En 2024, la Fédération ivoirienne faisait état d’environ 64 000 licenciés, contre près de quatre fois moins en 2009, selon les chiffres rapportés par Le Monde. Cette progression ne saurait être attribuée à un seul athlète, mais les succès de Cissé ont incontestablement accompagné cette dynamique.
Conscient de l’importance de cet héritage, le champion a progressivement développé des initiatives tournées vers la jeunesse. À travers sa fondation, il accompagne la promotion du taekwondo et cherche à offrir davantage d’opportunités aux jeunes pratiquants. En janvier 2025, il organise notamment un camp d’entraînement à Abidjan, destiné à favoriser l’apprentissage, la détection et l’encadrement des futurs talents. L’initiative bénéficie du soutien de plusieurs personnalités sportives, dont Didier Drogba. En mars de la même année, il présente aux autorités ivoiriennes le programme de sa fondation, avec l’ambition de faciliter l’accès à la formation et de soutenir les jeunes qui souhaitent faire carrière dans cette discipline. Il traduit ainsi une conviction déjà présente dans son parcours : une réussite individuelle prend davantage de sens lorsqu’elle permet d’ouvrir des perspectives à d’autres.
Parallèlement à ses performances sportives, Cheick Cissé prépare depuis plusieurs années son avenir dans les instances dirigeantes. Formé à l’Institut national de la jeunesse et des sports d’Abidjan, il a également poursuivi des études supérieures dans le domaine du commerce et du management, notamment à Lyon. Il s’investit dans la représentation des athlètes et intègre les instances de World Taekwondo, où il défend leurs intérêts. En décembre 2025, une nouvelle étape importante est franchie lorsque Kirsty Coventry, présidente du Comité international olympique, le nomme membre de la commission des athlètes du CIO. Cette reconnaissance internationale renforce son expérience des questions de gouvernance sportive et lui donne accès à des réflexions qui dépassent désormais le seul cadre de la compétition.
Une carrière s’achève, une ambition nouvelle s’affirme
Le 11 octobre 2026, Cheick Sallah Cissé Junior ouvre officiellement un nouveau chapitre de sa vie. Lors d’une conférence de presse organisée au Centre sportif, culturel et des TIC ivoiro-coréen Alassane Ouattara d’Abidjan, il annonce sa candidature à la présidence de la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD).
« Je ne me battrai plus pour des compétitions, mais pour la génération qui vient après la mienne. J’annonce donc officiellement ma candidature à la tête de la Fédération ivoirienne de taekwondo. »
Cheick Sallah Cissé Junior, champion olympique et champion du monde de taekwondo. Déclaration relayée par Euloge Kuyo First, d’après Serge Pacôme Didi / Media Prime Mag.
Cette annonce intervient dans un contexte institutionnel particulièrement sensible. Depuis plusieurs mois, la Fédération ivoirienne de taekwondo traverse des tensions liées à sa gouvernance, à ses procédures internes et à l’organisation de ses prochaines élections. Le scrutin présidentiel est annoncé pour le 30 octobre 2026. Un point important reste néanmoins à clarifier : les statuts adoptés par la Fédération ont porté à 40 ans l’âge minimum requis pour briguer la présidence. World Taekwondo a jugé cette disposition relativement restrictive et invité la Fédération à la réexaminer. À 33 ans, Cheick Cissé devra donc également franchir l’étape de la recevabilité de sa candidature, dont la validation n’est pas encore établie.
Au-delà de cette question statutaire, sa décision ouvre un débat plus large sur l’avenir du taekwondo ivoirien. Sa légitimité sportive est difficilement contestable, mais diriger une fédération implique d’autres responsabilités : assurer une gouvernance transparente, accompagner les clubs, développer les infrastructures, protéger les pratiquants, soutenir les entraîneurs et créer des conditions durables pour la formation de nouveaux champions. Les difficultés institutionnelles rencontrées ces dernières années rendent ces enjeux particulièrement importants. Pour Cheick Cissé, le véritable défi sera désormais de convaincre les acteurs de sa discipline qu’il possède, au-delà de son palmarès, la capacité de rassembler et de conduire les transformations nécessaires.
De la reconnaissance d’un pays à la responsabilité d’une génération
À 33 ans, Cheick Cissé peut regarder son parcours avec la satisfaction d’avoir accompli ce que peu de sportifs réussissent au cours d’une carrière. Il a connu les entraînements difficiles dans les clubs d’Abidjan, l’exigence des compétitions internationales, l’immense bonheur d’un sacre olympique, les déceptions du haut niveau et la consécration mondiale. Il a porté le drapeau ivoirien sur trois éditions des Jeux olympiques, donné au pays sa première médaille d’or et contribué à installer durablement le taekwondo dans le cœur de nombreux Ivoiriens.
Sa candidature à la présidence de la Fédération ne constitue pas encore une nouvelle victoire. Elle marque plutôt le début d’une épreuve différente, dans laquelle les qualités d’un combattant devront rencontrer celles d’un dirigeant. Mais une chose demeure : Cheick Sallah Cissé Junior a déjà profondément marqué le sport ivoirien. Son parcours restera celui d’un homme qui, parti d’un quartier populaire de Bouaké, a porté son pays au sommet de l’olympisme mondial.
Après avoir donné à la Côte d’Ivoire une place dans l’histoire olympique, il ambitionne désormais de contribuer à construire l’avenir de ceux qui rêvent de suivre ses pas.

