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Amal El Fallah Seghrouchni, le pari d’un numérique africain souverain

Au Maroc, la souveraineté numérique prend une dimension qui dépasse les frontières du Royaume. Derrière « AI Made in Morocco », Amal El Fallah Seghrouchni défend aussi une Afrique capable de produire ses technologies, maîtriser ses données et construire ses propres capacités en intelligence artificielle.

Zié Adama Coulibaly
10 octobre 2026·4 min de lecture·56 vues
Amal El Fallah Seghrouchni, le pari d’un numérique africain souverain
© AxInfos Studio

du « made in Morocco » à la souveraineté numérique


À Tanger, le 8 octobre, Amal El Fallah Seghrouchni a participé à la 8e édition des Assises de l’AUSIM, consacrée à l’innovation, l’intelligence artificielle et la souveraineté. Son intervention, intitulée « AI Made in Morocco : la célérité d’une conquête de souveraineté », a résumé la doctrine portée depuis plusieurs mois par son ministère : maîtriser les infrastructures, les données, la puissance de calcul, les modèles d’intelligence artificielle et les compétences nécessaires pour réduire la dépendance technologique.

Cette stratégie prend déjà une forme concrète. La feuille de route « Maroc pour l’intelligence artificielle 2030 » prévoit notamment des centres de données, un cloud souverain, une Data Factory, une Software Factory, des modèles linguistiques nationaux et le réseau des Instituts JAZARI. Le Maroc vise également la formation de 100 000 nouveaux talents numériques par an à l’horizon 2030.

Une ambition qui regarde clairement vers l’Afrique

Mais le projet ne s’arrête pas au Maroc. Dès septembre 2025, Amal El Fallah Seghrouchni défendait publiquement l’idée que l’avenir numérique du continent devait être construit « par et pour les Africains ». Cette orientation s’inscrit dans une logique de coopération Sud-Sud, avec l’ambition de faire du Maroc un point de connexion technologique entre l’Afrique, le monde arabe et les grands écosystèmes internationaux.

Le D4SD Hub, développé avec le PNUD, illustre cette dimension. Pensé pour accompagner notamment des pays africains et arabes dans leurs stratégies numériques et d’intelligence artificielle, il doit favoriser le transfert de compétences, le renforcement institutionnel et le développement de solutions adaptées aux réalités locales. En juillet 2026, la ministre rappelait d’ailleurs qu’aucun État ne pouvait relever seul les défis de l’IA.

Ce positionnement dessine ce que l’on pourrait qualifier de panafricanisme numérique : non pas un numérique africain centralisé autour d’un seul pays, mais un espace technologique africain plus souverain, interconnecté et capable de mutualiser ses compétences, ses infrastructures et ses capacités de calcul.

Après le changement de gouvernement, l’enjeu de la continuité

Cette question prend une nouvelle importance politique. Fatima Ezzahra El Mansouri a été nommée Cheffe du gouvernement le 29 septembre et chargée de constituer le nouvel exécutif. Au 10 octobre, les négociations pour former la coalition sont toujours en cours et la composition du prochain gouvernement n’a pas encore été annoncée. La reconduction d’Amal El Fallah Seghrouchni reste donc, à ce stade, une question ouverte.

Une éventuelle reconduction placerait toutefois le prochain exécutif dans une logique de continuité sur des programmes déjà engagés jusqu’en 2030. Car au-delà d’une personne, l’enjeu concerne désormais des infrastructures, des partenariats internationaux, des formations, des institutions et une stratégie de souveraineté technologique dont une partie est déjà entrée en phase de déploiement.

Pour le Maroc, le défi est national. Pour Amal El Fallah Seghrouchni, la perspective affichée depuis plusieurs mois est plus large : faire du Royaume non seulement un utilisateur des technologies de demain, mais l’un des points d’appui d’une Afrique qui entend davantage les concevoir, les héberger et les gouverner elle-même.

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