Fatima Ezzahra El Mansouri, première cheffe du gouvernement marocain : une pionnière qui ouvre l’horizon des femmes bien au-delà du Royaume
Première femme à diriger le gouvernement marocain, Fatima Ezzahra El Mansouri franchit un cap historique. Son parcours ouvre de nouvelles perspectives aux femmes au Maroc et au-delà de ses frontières.

Le 29 septembre 2026, Fatima Ezzahra El Mansouri est devenue la première femme nommée à la tête du gouvernement marocain. Une étape historique dans un parcours construit entre Marrakech, les responsabilités ministérielles et la direction politique. Son accession à cette fonction donne une résonance nouvelle à la place des femmes au pouvoir, au Maroc et au-delà de ses frontières.
Une femme au sommet, une page qui s’ouvre
Il y a des nominations qui changent un gouvernement. Celle de Fatima Ezzahra El Mansouri change aussi l’image que l’on peut se faire du pouvoir. Pour la première fois dans l’histoire du Maroc, une femme est appelée à diriger l’exécutif gouvernemental. Nommée par le roi Mohammed VI, elle reçoit la mission de former une équipe et d’ouvrir une nouvelle séquence politique.
Elle accueille cette responsabilité comme « une fierté pour toutes les femmes de la nation ». La formule dit la portée collective de l’événement. Derrière une trajectoire personnelle, des femmes peuvent désormais reconnaître une possibilité qui n’avait encore jamais pris cette forme dans leur pays.
Cette nomination ne fait pas disparaître les obstacles à leur participation politique. Elle établit cependant un précédent majeur : une fonction longtemps occupée exclusivement par des hommes devient, à son tour, accessible à une femme.
Marrakech, la première porte ouverte
Avant d’entrer dans l’histoire nationale, Fatima Ezzahra El Mansouri avait déjà marqué celle de Marrakech. En 2009, à 33 ans, elle devient la première femme maire de la ville. Une responsabilité exigeante dans une cité où se croisent le poids du patrimoine, les ambitions touristiques et les besoins quotidiens des habitants.
Marrakech constitue le point d’ancrage de son engagement. Elle y est née le 3 janvier 1976 et y a grandi dans une famille familière des responsabilités publiques. Son père, Abderrahmane El Mansouri, a notamment été pacha de la ville et ambassadeur.
« J’ai grandi ici, je suis une fille de la médina. » Cette phrase traduit le lien qu’elle revendique avec sa ville. Son parcours politique se construit d’abord dans cette proximité, au contact des quartiers, des attentes locales et des réalités de la gestion municipale.
Le droit avant la politique
Fatima Ezzahra El Mansouri se forme au droit à Rabat, puis poursuit ses études à Montpellier. Elle complète ce parcours par une formation en droit anglo-saxon aux États-Unis. Inscrite au barreau de Marrakech en 2005, elle exerce comme avocate, notamment dans les domaines immobilier et foncier.
Son engagement politique prend forme en 2007 au sein du Mouvement de tous les démocrates, avant la création du Parti authenticité et modernité, le PAM, en 2008. Elle participe ainsi aux débuts d’une formation qui deviendra l’un des acteurs majeurs de la vie politique marocaine.
Son ascension s’appuie sur cette double expérience : celle du droit, qui demande de maîtriser les dossiers, et celle du terrain, où une décision se mesure à ses effets sur la vie des habitants.
Une ascension qui connaît aussi les revers
Son parcours ne suit pas une progression continue. Après son premier mandat à la mairie de Marrakech, elle quitte cette fonction en 2015. Elle poursuit néanmoins son engagement et prend, en janvier 2016, la présidence du conseil national du PAM.
Cette période renforce sa place dans l’organisation du parti. Elle retrouve ensuite la mairie de Marrakech en septembre 2021, six ans après l’avoir quittée. Ce retour inscrit son implantation locale dans la durée.
L’expérience municipale l’expose aussi aux critiques. Propreté, voirie, inégalités entre quartiers : les attentes restent fortes et les réalisations font débat. Ces responsabilités rappellent une réalité essentielle de son parcours : avant de devenir un symbole national, elle a dû défendre des décisions, répondre à des contestations et porter un bilan.
De la ville au gouvernement
En octobre 2021, elle devient ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville. Elle prend alors en charge des sujets qui touchent directement les familles : se loger, accéder à des services et vivre dans des territoires mieux aménagés.
Son ministère accompagne notamment le lancement de l’aide directe au logement en janvier 2024. Ce passage au gouvernement élargit son expérience et l’amène à travailler à l’échelle nationale sur des enjeux qu’elle connaissait déjà à travers la gestion de Marrakech.
En février 2024, elle devient coordinatrice de la direction collégiale du PAM. Après les élections législatives du 23 septembre 2026, au cours desquelles son parti obtient 97 sièges sur 395, sa nomination à la tête du gouvernement consacre une nouvelle étape.
Un précédent qui parle aux femmes bien au-delà du Maroc
La portée de cette nomination dépasse les frontières du Royaume. Dans des sociétés où les femmes demeurent peu nombreuses aux plus hautes fonctions politiques, voir l’une d’elles accéder à la direction d’un gouvernement donne une réalité concrète à l’ambition.
Pour une étudiante, une jeune élue ou une femme qui hésite à s’engager, un tel parcours peut devenir un point de repère. Il montre qu’une présence féminine au sommet de l’État peut s’inscrire dans une carrière politique durable, faite d’apprentissage, de responsabilités et de retours après les revers.
Fatima Ezzahra El Mansouri a elle-même évoqué « l’égalité parfaite » comme « un idéal vers lequel il faut tendre ». Sa nomination prend place dans cette perspective. Elle ne résume pas à elle seule les progrès attendus, mais elle élargit le champ des possibles.
Après le symbole, l’exercice du pouvoir
L’histoire retiendra qu’elle a été la première. Les citoyens jugeront aussi ce qu’elle fera de cette responsabilité. Former un gouvernement, bâtir des accords et répondre aux attentes sociales constituent désormais les premières épreuves de son mandat.
L’emploi des jeunes, le logement et les disparités territoriales figurent parmi les enjeux majeurs. Elle devra y répondre dans le cadre institutionnel marocain, où le souverain conserve des prérogatives centrales.
« Le travail commence dès aujourd’hui »,
a-t-elle déclaré après sa nomination. Une phrase sobre pour une étape considérable. Fatima Ezzahra El Mansouri a ouvert une porte dans l’histoire politique de son pays. La suite se construira dans les décisions, leur mise en œuvre et leurs effets sur la vie des Marocains.


