Crise à la FITKD : le ministère reprend la main et rebat les cartes avant l’élection
J’ai croisé le courrier du ministère du 14 septembre avec la position de World Taekwondo, le rapport d’enquête relayé fin août, les précédents de l’AGO du 28 décembre 2025 et le calendrier électoral annoncé par la FITKD. Le point central est assez fort : le ministère ne se contente pas d’appeler au calme, il demande une remise en ordre du processus avant l’élection.


Pendant plusieurs mois, la crise du taekwondo ivoirien a navigué entre contestations internes, arbitrage espéré des instances internationales et bataille d’interprétation autour des textes. Le courrier adressé le 14 septembre 2026 par le ministère des Sports au président de la Fédération ivoirienne de taekwondo change sensiblement la situation. Le document rappelle d’abord que le ministère avait choisi d’attendre les conclusions des instances du taekwondo international. Mais World Taekwondo a finalement estimé que les questions de gouvernance soulevées relevaient principalement des autorités nationales ivoiriennes. Le ministère se retrouve donc en première ligne et décide d’agir.
Une décision qui va plus loin qu’un simple rappel à l’ordre
Le ministère relève plusieurs irrégularités autour de l’Assemblée générale du 28 décembre 2025 : utilisation d’un canal d’information qui n’aurait pas touché tous les membres statutaires, délai de convocation contesté, absence de transmission préalable du procès-verbal de la précédente assemblée, problèmes liés à l’ordre du jour, diffusion partielle du projet de modification des textes et présence d’un commissaire aux comptes non inscrit à l’Ordre ivoirien des experts-comptables. Ce constat mérite d’être mis en perspective. Quelques semaines auparavant, le rapport conduit sous l’égide de l’Union africaine de taekwondo avait conclu à une régularité substantielle de cette même assemblée, tout en relevant certains problèmes et en recommandant notamment davantage de transparence et un audit financier indépendant.
Le ministère adopte donc une lecture plus exigeante sur le fonctionnement interne. Il demande expressément la reprise de l’Assemblée générale contestée du 28 décembre 2025 et place sa mise en œuvre sous la supervision de ses propres services, aux côtés du Comité national olympique. Il faut toutefois être précis : le courrier ne prononce pas formellement « l’annulation » de l’AGO. Il en exige la reprise. Juridiquement et politiquement au sein du mouvement sportif, la nuance est importante.
Le véritable tournant se trouve dans les règles de l’élection
La deuxième mesure pourrait être celle qui pèsera le plus lourd dans les prochaines semaines. Le ministère demande que les textes soient modifiés avant l’Assemblée générale élective, afin d’aboutir à des règles « consensuelles et inclusives » et de ramener l’apaisement au sein de la fédération. Cela touche directement l’un des points les plus sensibles du dossier : l’âge minimum de 40 ans introduit pour prétendre à la présidence de la FITKD.
World Taekwondo ne considère pas cette disposition comme contraire à ses propres règlements, mais l’a jugée « relativement restrictive », estimant qu’elle pouvait limiter l’accès des jeunes dirigeants et d’athlètes récemment retirés de la compétition aux responsabilités fédérales.
Le ministère reprend aujourd’hui cette préoccupation et demande que la question de l’âge soit traitée de manière à ne pas devenir un motif d’exclusion. C’est probablement le passage le plus politique, au sens sportif du terme, de toute la décision.
Cheick Sallah Cissé, le nom qui plane forcément sur le débat
Impossible d’aborder cette question sans évoquer Cheick Sallah Cissé.
Champion olympique à Rio en 2016, champion du monde en 2023 et membre des instances de World Taekwondo, l’Ivoirien appartient précisément à cette génération de champions dont l’expérience internationale pose aujourd’hui la question du passage du tatami à la gouvernance. Son nom est régulièrement cité dans les débats autour de la succession à la FITKD et il a joué un rôle dans la contestation ayant conduit à la saisine des instances internationales. Mais une précaution demeure essentielle : dans les sources publiques que nous avons examinées, Cheick Cissé n’a pas encore été formellement enregistré comme candidat à la prochaine élection.
La décision ministérielle ne lui offre donc ni candidature ni présidence. Elle fait quelque chose de plus fondamental : elle demande que les règles permettant de concourir soient revues avant que la compétition électorale ne commence réellement.
Et ce débat dépasse sa seule personne. Jean-Marc Yacé demeure le président en exercice. Patrice Remarck et Stanislas Zunon Séri ont déjà été candidats lors du précédent processus électoral de 2022. Le futur scrutin pourrait donc opposer plusieurs générations et plusieurs conceptions de la gouvernance du taekwondo ivoirien, mais aucune liste définitive de candidats pour 2026 n’est encore établie publiquement.
Le 27 septembre désormais sous surveillance
Avant cette décision, la FITKD avait convoqué une Assemblée générale ordinaire pour le 27 septembre 2026. Elle devait notamment examiner les rapports de l’exercice 2025, installer un comité électoral indépendant et arrêter la date de l’Assemblée générale élective. (Cinews)
Le courrier du 14 septembre crée désormais une nouvelle séquence. Puisque le ministère demande la reprise de l’AGO contestée, la modification préalable des textes et une supervision institutionnelle du processus, il paraît difficile d’aborder la future élection comme si rien n’avait changé.
Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de savoir qui prendra la tête de la FITKD. Il est de savoir selon quelles règles, avec quel corps électoral et dans quel climat cette élection pourra être organisée.
Après des mois de confrontation, le ministère semble avoir choisi une méthode : revenir aux textes, reconstruire le consensus, ouvrir le processus et seulement ensuite laisser les acteurs choisir leur dirigeant.
Pour le taekwondo ivoirien, qui continue de produire des champions malgré les fractures de sa gouvernance, cette remise à plat pourrait être moins un retour en arrière qu’une occasion de repartir sur des bases plus solides.


