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FONCIER EN CÔTE D’IVOIRE - AFFAIRE RITA DJEDJE

Acheter un terrain au pays ne devrait pas devenir une épreuve pour la diaspora. L’affaire Rita Djedje remet au centre une urgence : sécuriser réellement l’investissement foncier en Côte d’Ivoire.

Benito de London
1 octobre 2026·2 min de lecture·138 vues
FONCIER EN CÔTE D’IVOIRE - AFFAIRE RITA DJEDJE
© AxInfos

Investir au pays ne devrait pas être un acte de foi

Depuis Paris, Bruxelles, Genève, Montréal ou ailleurs, beaucoup d’Ivoiriens travaillent pendant des années avec une ambition simple : investir chez eux.

Un terrain pour préparer le retour. Une maison pour la famille. Un bien immobilier pour construire un patrimoine. Derrière chaque investissement se trouvent souvent des années d’économies, de sacrifices et de travail.

Pourtant, à des milliers de kilomètres de la Côte d’Ivoire, l’investisseur avance avec un handicap majeur : il ne voit pas toujours ce qu’il achète et doit déléguer une grande partie des vérifications.

C’est précisément là que commencent les difficultés.

Entre les terrains dont la situation juridique est incertaine, les transactions contestées, les intermédiaires douteux, les projets qui n’aboutissent jamais et les chantiers dont les coûts explosent mystérieusement, certains découvrent trop tard qu’ils n’ont pas investi dans un patrimoine, mais dans une promesse.

L’affaire Rita Djedje pose une question qui dépasse un seul nom

C’est dans ce contexte que l’affaire impliquant Rita Djedje suscite aujourd’hui de nombreuses interrogations.

Plusieurs personnes la mettent en cause dans le cadre d’investissements fonciers présentés à des membres de la diaspora ivoirienne et affirment avoir versé de l’argent pour des opérations qui n’auraient pas abouti comme prévu.

Ces accusations doivent être traitées avec sérieux. Elles doivent également l’être dans le respect des procédures et des droits de chacun. Il appartient à la justice d’établir précisément les faits et les éventuelles responsabilités.

Mais indépendamment de l’issue de cette affaire, une réalité demeure : trop d’Ivoiriens vivant à l’étranger ont le sentiment d’être insuffisamment protégés lorsqu’ils investissent dans le foncier au pays.

Et c’est cela qui doit nous interpeller collectivement.

À distance, le moindre défaut de vérification peut coûter très cher

Quand on achète depuis l’étranger, on ne peut pas simplement passer devant le terrain après le travail.

On ne rencontre pas forcément toutes les parties à la transaction. On ne connaît pas toujours l’historique de la parcelle. On ne maîtrise pas nécessairement les procédures administratives. Et l’on confie parfois plusieurs années d’économies à une personne que l’on connaît essentiellement par téléphone, par recommandation ou par les réseaux sociaux.

Une vidéo bien réalisée ne prouve pas la propriété d'un terrain.

Une photographie devant une parcelle ne constitue pas un titre.

Une page suivie par des milliers de personnes ne remplace pas les autorisations nécessaires.

Et la réputation supposée d’un intermédiaire ne dispense jamais d’une vérification indépendante.

Le danger de la précipitation

Dans le foncier, une bonne affaire qui exige de transférer immédiatement plusieurs milliers d’euros devrait d’abord susciter des questions.

Pourquoi faut-il payer aujourd’hui ? Qui est juridiquement propriétaire ? Quels documents le prouvent ? La parcelle fait-elle l’objet d’un litige ? L’intermédiaire est-il réellement habilité à intervenir ? Peut-on faire contrôler les documents par un professionnel indépendant ?

Un investissement sérieux doit pouvoir supporter quelques jours de vérification. Celui qui refuse toute vérification donne déjà une raison supplémentaire d’en effectuer une.

La proximité ne doit jamais remplacer les garanties

Il existe également une réalité dont nous devons parler franchement.

Dans la diaspora, beaucoup de projets reposent sur la famille, les amis ou les connaissances restées au pays. C’est compréhensible. Ces liens permettent souvent de réaliser de très beaux projets.

Mais lorsqu’il s’agit d’argent et de patrimoine, l’affection ne peut pas constituer le seul mécanisme de sécurité. Demander un contrat n’est pas accuser quelqu’un. Exiger des justificatifs n’est pas manquer de respect. Faire vérifier un document n’est pas remettre en cause une relation familiale. C’est simplement protéger toutes les parties.

Plus les sommes engagées sont importantes, plus les règles doivent être claires.

On ne peut pas appeler la diaspora à investir sans mieux la protéger

Depuis des années, nos pays encouragent leurs diasporas à participer davantage au développement économique national.

C’est une bonne chose.

La diaspora construit, entreprend, soutient des familles, crée des activités et injecte des ressources considérables dans l’économie. Mais cet appel à investir doit avoir une contrepartie : la sécurité.

Nous ne pouvons pas célébrer l’apport économique de la diaspora tout en acceptant qu’un citoyen vivant à l’étranger puisse perdre plusieurs années d’économies dans une transaction qu’il croyait sécurisée.

La responsabilité individuelle de l’investisseur existe. Il doit vérifier avant de payer.

Mais la responsabilité des institutions existe également.

Le foncier ivoirien doit inspirer confiance

La Côte d’Ivoire connaît une transformation immobilière spectaculaire. Abidjan s’étend. Les villes se développent. La demande foncière augmente et les investissements se multiplient. Cette dynamique représente une formidable opportunité économique. Elle impose aussi davantage de transparence.

L’acquéreur doit pouvoir identifier rapidement le propriétaire réel d’une parcelle, vérifier la validité des documents présentés et connaître la qualité de l’intermédiaire avec lequel il traite.

Les professionnels sérieux ont eux-mêmes intérêt à cet assainissement. Car lorsque quelques acteurs douteux prospèrent, c’est la réputation de tout un secteur qui finit par être fragilisée.

L’impunité réelle ou supposée détruit la confiance

Lorsqu’une personne estime avoir été victime d’une fraude, elle doit pouvoir saisir les institutions compétentes et obtenir une réponse dans des délais raisonnables. Lorsque plusieurs personnes signalent les mêmes pratiques, les alertes doivent pouvoir être examinées avec attention. Le pire serait de laisser s’installer l’idée qu’il suffit d’avoir des relations, une certaine visibilité ou une apparence de respectabilité pour échapper durablement aux conséquences de ses actes.

Une institution forte protège les innocents, recherche les faits et sanctionne lorsque les infractions sont établies.

C’est ainsi que naît la confiance.

Protéger la diaspora, c’est aussi protéger l’économie ivoirienne

Chaque scandale immobilier produit des conséquences qui dépassent les victimes directement concernées. Une personne escroquée raconte son histoire à sa famille. Une famille méfiante renonce à un projet. Un investisseur hésitant décide finalement de conserver son argent à l’étranger. Progressivement, ce n’est plus seulement une transaction qui échoue. C’est la confiance dans tout un écosystème qui recule.

Voilà pourquoi la protection des investisseurs de la diaspora ne doit pas être considérée comme une question secondaire.

Elle touche directement à l’attractivité économique de la Côte d’Ivoire.

Il faut désormais passer des appels à investir aux garanties pour investir

Nous devons sortir d’une contradiction.

Nous voulons que la diaspora investisse davantage en Côte d’Ivoire. Alors donnons-lui les moyens d’investir avec davantage de sécurité.

Simplifions les vérifications.

Renforçons la traçabilité des transactions.

Contrôlons réellement les acteurs qui commercialisent des biens immobiliers.

Facilitons l’accès aux informations foncières.

Accélérons le traitement des plaintes lorsque des faits sérieux sont signalés.

Et lorsque des fraudes sont judiciairement établies, appliquons la loi avec fermeté.

La Côte d’Ivoire a besoin de sa diaspora. Mais la diaspora a également besoin de savoir que son pays protège son travail, son patrimoine et ses investissements.

Car derrière chaque terrain acheté depuis l’étranger, il y a souvent beaucoup plus qu’une opération immobilière.

Il y a des années de sacrifices.

Il y a un projet de vie.

Il y a parfois le rêve du retour.

Et ce rêve mérite d’être protégé.

Benito de Londres pour AxInfos. 

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