Guy Marius Sagna, l'inarrêtable
« ... pendant que les anciens travailleurs de la Sias, de la Sotrac et d'Ama Sénégal sont en grève de la faim, qu'hier ils ont évacué leur huitième victime, pendant que Ziguinchor attend son pont depuis plus de cinquante ans, Diomaye a offert 500 millions de francs CFA » Guy Marius Sagna, l'inarrêtable.


Plusieurs interventions ont marqué cette déclaration de politique générale du Premier ministre Al Aminou Lô. Parmi elles, celle du député Pastef Guy Marius Sagna. Connu pour ses positions souverainistes, panafricanistes et même révolutionnaires, il a tenu un discours poignant dont plusieurs phrases ne sont pas passées inaperçues.
Depuis plus d'une semaine, d'anciens travailleurs de la Sotrac, d'Ama Sénégal et de la Sias observent une grève de la faim pour réclamer le paiement d'arriérés estimés à plus de 11,4 milliards de francs CFA. La veille de l'intervention de Sagna, ils évacuaient leur huitième victime. À quelques kilomètres de là, Ziguinchor attend depuis plus de cinquante ans la construction d'un pont. Et pendant ce temps, le pouvoir a trouvé 500 millions de francs CFA pour doter la « Fondation Diomaye », au nom du chef de l'État lui-même, et non de ses épouses, comme Sagna a tenu à le préciser, à l'occasion des Jeux olympiques de la jeunesse. Sagna n'a rien eu besoin d'inventer : il lui a suffi de mettre ces trois faits côte à côte pour que le contraste fasse office de réquisitoire.
C'est là toute la manière Sagna : il ne théorise pas la contradiction, il l'expose. Pendant que le Premier ministre répétait, en wolof, que l'État manquait de ressources « amou niou xalis », le député égrenait les urgences sociales laissées sans réponse : les impactés du TER massés devant l'Assemblée, les grévistes de la faim de la Sotrac et d'Ama Sénégal, le pont de Ziguinchor. La rareté budgétaire, martelait-il en creux, semble n'exister que lorsqu'il s'agit de payer une dette sociale, jamais lorsqu'il s'agit de financer une fondation présidentielle.
Le reste de son intervention a suivi la même ligne de crête. Sur l'accord avec le FMI, signé selon lui sans débat préalable devant la représentation nationale, en violation, a-t-il soutenu, de l'article 96 de la Constitution, Sagna a été jusqu'à dire qu'il croyait par moments avoir en face de lui non pas un chef de gouvernement sénégalais, mais un représentant des intérêts du Fonds. Il a rappelé que Pastef reste opposé à une « économie extravertie » et aux « diktats de Bretton Woods ou de Paris », une manière de replacer le débat budgétaire sur le terrain, plus large, de la souveraineté.
Et Sagna n'a pas fini. Avant de conclure, il a annoncé qu'une nouvelle proposition de mise en accusation contre Macky Sall serait redéposée sous peu, reprochant au passage à Al Aminou Lô, lui qui avait par le passé personnellement soutenu Macky Sall jusqu'à sa candidature à l'ONU, de désigner la dette sans en nommer le premier responsable. Une bombe posée en guise de point final, comme pour rappeler qu'avec lui, un dossier n'est jamais tout à fait clos.
Inarrêtable, donc. Reste à savoir si cette parole libre à l'intérieur du pouvoir est le signe d'une démocratie interne qui fonctionne, ou le premier craquement audible d'un attelage qui doit désormais gouverner sans la figure tutélaire de Sonko à la Primature.


