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De la mine au lingot : Ibrahim Traoré accélère son pari de souveraineté

Le Burkina Faso dispose désormais de sa première raffinerie nationale d’or, inaugurée par Ibrahim Traoré à Ouagadougou. Derrière RAFFINOR-BF se dessine une stratégie : ne plus seulement extraire les ressources du pays, mais les transformer, les certifier et en capter davantage de valeur sur place. Cette infrastructure devient ainsi l’une des traductions industrielles les plus concrètes du discours de souveraineté économique porté par le pouvoir burkinabè.

Ouattara Zana Abou
28 septembre 2026·3 min de lecture·48 vues
De la mine au lingot : Ibrahim Traoré accélère son pari de souveraineté

★ Points clés

  • •Ibrahim Traoré a inauguré RAFFINOR-BF le 28 septembre 2026 à Ouagadougou, près de trois ans après avoir posé sa première pierre.
  • •Plus de 11 milliards de FCFA ont été mobilisés pour la première raffinerie nationale d’or, notamment par l’État via la SONASP et avec des partenaires privés nationaux.
  • •L’usine dispose d’une capacité initiale annoncée de 164 tonnes d’or par an et pourrait atteindre 515 tonnes à terme.
  • •Le projet vise à raffiner, analyser, certifier, stocker et valoriser davantage l’or directement au Burkina Faso.
  • •RAFFINOR-BF traduit concrètement la doctrine économique défendue par Ibrahim Traoré : sortir progressivement du simple modèle d’exportation des matières premières pour développer la transformation locale.

RAFFINOR-BF : le Burkina franchit une étape historique dans la maîtrise de son or

Le 23 novembre 2023, Ibrahim Traoré posait à Ouagadougou la première pierre d’une raffinerie nationale d’or. Près de trois ans plus tard, le projet est devenu une infrastructure opérationnelle. Ce lundi 28 septembre 2026, le chef de l’État a officiellement inauguré RAFFINOR-BF et tenu entre ses mains le premier lingot présenté par les autorités comme entièrement produit et affiné au Burkina Faso. 

Le symbole est puissant pour un pays dont l’or constitue l’une des principales richesses. Jusqu’ici, le métal extrait au Burkina Faso devait notamment être raffiné à l’étranger. Une partie essentielle de la chaîne de transformation, des compétences techniques et de la valeur économique associée à cette opération échappait donc au territoire national. 

RAFFINOR-BF occupe cinq hectares à Ouaga 2000. Le complexe comprend une unité de raffinage, une fonderie, un laboratoire d’analyse, des installations sécurisées de stockage et une unité de bijouterie. Le siège de la SONASP y est également installé. 

L’objectif est ainsi de regrouper plusieurs maillons stratégiques sur le territoire burkinabè : analyser le métal, contrôler sa qualité, l’affiner, le stocker et développer progressivement sa transformation. La raffinerie matérialise donc une ambition beaucoup plus large : maîtriser davantage ce qui se passe entre l’extraction d’une ressource burkinabè et sa commercialisation.

La doctrine Traoré : ne plus exporter seulement la matière première

Ibrahim Traoré a lui-même résumé la philosophie du projet lors de l’inauguration : « Notre ambition n’est plus d’être juste un pays qui extrait et qui amène sa matière première dehors. » Le président souhaite que l’or, mais également d’autres métaux, soient progressivement transformés sur le territoire national. 

Cette déclaration permet de comprendre la dimension politique de RAFFINOR-BF. Le Burkina ne veut plus considérer la possession de ressources naturelles comme suffisante. Dans le modèle défendu par les autorités, la souveraineté consiste également à maîtriser leur transformation, leurs compétences industrielles et une part plus importante de leur valeur ajoutée.

Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2022, Ibrahim Traoré a placé la souveraineté au cœur de son discours. Celle-ci s’est d’abord exprimée dans les relations diplomatiques, la défense et la sécurité. Elle prend progressivement une dimension économique et industrielle.

La raffinerie d’or donne ainsi une traduction matérielle à cette orientation. Le gouvernement ne se contente plus d’affirmer qu’il souhaite davantage de contrôle sur les ressources nationales : il investit dans un outil permettant d’effectuer sur place une opération auparavant réalisée à l’étranger. C’est cette différence entre discours politique et capacité productive qui donne à RAFFINOR-BF sa portée stratégique.

Derrière l’or, une bataille essentielle : conserver davantage de valeur au Burkina

Le Burkina Faso est un important producteur aurifère. Les chiffres officiels disponibles lors du lancement du projet faisaient déjà de l’or le premier produit d’exportation du pays. En 2022, le ministère des Mines recensait 57,674 tonnes de production industrielle auxquelles s’ajoutaient 457 kilogrammes issus de la production artisanale officiellement enregistrée. 

Mais vendre une matière première et vendre un produit transformé ne représentent pas la même chose économiquement. Raffinage, certification, analyse, stockage, bijouterie, transport sécurisé et services techniques génèrent eux aussi de l’activité. Lorsque ces opérations sont effectuées à l’étranger, une partie de cette valeur est également créée hors du pays producteur.

C’est précisément ce que veut modifier le gouvernement burkinabè. Ibrahim Traoré a déclaré vouloir « avoir toute la chaîne de valeur sur place ». L’ambition dépasse donc la seule question du lingot.

Si cette stratégie se consolide, des entreprises burkinabè pourraient progressivement intervenir dans la maintenance industrielle, la logistique, l’analyse, la certification, la sécurité, la joaillerie ou encore la commercialisation. Le véritable enjeu sera donc de transformer RAFFINOR-BF en point de départ d’un écosystème industriel plutôt qu’en infrastructure isolée.

164 tonnes par an : une raffinerie dimensionnée au-delà des seuls besoins actuels

Dans sa première phase, RAFFINOR-BF doit pouvoir affiner 164 tonnes d’or par an. L'installation est conçue pour atteindre une pureté allant jusqu’à 99,99 %, correspondant à de l’or 24 carats. Une seconde phase doit, selon les autorités, permettre de porter la capacité totale à 515 tonnes annuelles.

Il faut cependant distinguer soigneusement capacité et production. Le chiffre de 164 tonnes représente ce que l’installation peut théoriquement traiter dans sa première phase ; il ne signifie pas que 164 tonnes d’or burkinabè sortiront chaque année de la raffinerie. Les volumes effectivement raffinés dépendront de l’approvisionnement, des règles de commercialisation et de l’intégration de la production industrielle comme artisanale dans le circuit.

La capacité projetée à terme — 515 tonnes — révèle également une ambition régionale. Les autorités indiquent vouloir faire du Burkina Faso un pôle d’affinage de référence en Afrique de l’Ouest. 

Si cet objectif se concrétise, RAFFINOR-BF pourrait à terme traiter non seulement l'or burkinabè mais également du métal provenant d'autres pays de la sous-région. Ce scénario reste cependant une ambition. Il dépendra de la compétitivité de la raffinerie, de sa certification internationale, de la confiance des opérateurs et de sa capacité à garantir la traçabilité du métal.

Contrôler l’or, c’est aussi mieux connaître ce qui sort du pays

RAFFINOR-BF peut avoir une fonction qui dépasse la transformation industrielle. Son laboratoire d’analyse et ses infrastructures sécurisées donnent au Burkina des moyens supplémentaires pour peser, analyser, certifier et tracer le métal avant sa commercialisation.

Cette maîtrise est particulièrement importante dans un secteur où coexistent grandes mines industrielles, exploitations artisanales et circuits informels. Plus l’État connaît précisément les quantités produites et commercialisées, plus il peut théoriquement améliorer la perception des taxes et redevances et lutter contre la fraude.

Les autorités ambitionnent d’ailleurs de traiter à terme l’ensemble de la production nationale, qu’elle provienne des mines industrielles ou du secteur artisanal. Mais cette ambition sera l’un des tests les plus difficiles du dispositif.

Une raffinerie ne supprime pas mécaniquement la contrebande. Pour attirer l’or artisanal dans les circuits officiels, les autorités devront rendre ces circuits suffisamment accessibles et attractifs, garantir des prix compétitifs et renforcer les mécanismes de contrôle. La souveraineté recherchée dépendra donc autant de la gouvernance de la filière que des performances techniques de l’usine.

Emplois, compétences, bijouterie : transformer l’or doit aussi transformer l’économie

Lors de la pose de la première pierre en 2023, le gouvernement annonçait environ 100 emplois directs et jusqu’à 5 000 emplois indirects autour du projet. Ces chiffres restent des objectifs et devront être confrontés aux emplois effectivement créés après la montée en puissance du complexe.

Mais l’intérêt économique potentiel se situe surtout dans les métiers qui peuvent se développer autour de la raffinerie : chimistes, techniciens, ingénieurs, spécialistes de la métallurgie, agents de laboratoire, logisticiens, spécialistes de la sécurité, artisans bijoutiers ou personnels de maintenance.

Ibrahim Traoré a d'ailleurs directement interpellé la jeunesse lors de l'inauguration, l'appelant à acquérir les compétences nécessaires pour maîtriser toute la chaîne de valeur.  Ce point est déterminant.

Construire une usine ne suffit pas à assurer une autonomie industrielle. Si les technologies, la maintenance, les analyses ou les pièces stratégiques restent durablement dépendantes de compétences extérieures, la souveraineté demeure partielle. Le défi de RAFFINOR-BF sera donc aussi celui de la formation : faire progressivement émerger au Burkina Faso les compétences capables de faire fonctionner, réparer et améliorer l’outil industriel.

RAFFINOR-BF, symbole d’une souveraineté qui devra désormais faire ses preuves

L’inauguration de RAFFINOR-BF n’arrive pas isolément. Elle intervient quelques semaines après celle de TEXFORCES-BF, complexe textile destiné notamment à transformer davantage le coton burkinabè et à produire localement les uniformes des forces de défense. Dans les deux cas, le principe économique est similaire : partir d’une ressource ou d’un besoin national et déplacer une plus grande partie de la chaîne de production à l’intérieur du pays.

Une ligne apparaît ainsi dans la politique économique défendue par Ibrahim Traoré : produire davantage au Burkina, transformer davantage au Burkina et réduire certaines dépendances extérieures. RAFFINOR-BF en constitue aujourd’hui l’un des symboles les plus visibles, car elle touche directement à la principale richesse minière du pays.

Mais la souveraineté économique ne se mesure pas au nombre d’usines inaugurées. Pour juger RAFFINOR-BF, il faudra connaître les volumes réellement raffinés, la valeur supplémentaire conservée au Burkina, les emplois effectivement créés, les recettes publiques générées, la part d’or artisanal formalisée et les progrès réalisés contre la fraude.

C’est là que commence le véritable défi d’Ibrahim Traoré. Le premier lingot affiné au Burkina possède une force symbolique incontestable. Transformer ce symbole en réussite économique durable exigera désormais une raffinerie compétitive, transparente, correctement approvisionnée et capable de développer autour d’elle une véritable industrie. Si ces conditions sont réunies, RAFFINOR-BF pourra incarner ce que le pouvoir burkinabè cherche à démontrer : pour un pays riche en matières premières, la souveraineté ne consiste pas seulement à posséder son sous-sol, mais à maîtriser davantage ce que l’on fait de ses richesses.

Chronologie

23 novembre 2023

Pose de la première pierre de la raffinerie par Ibrahim Traoré

2023-2026

Construction et équipement de RAFFINOR-BF

28 septembre 2026

Inauguration officielle de la première raffinerie nationale d’or

À partir de 2026 — capacité annoncée de 164 tonnes

Première phase d’exploitation

Objectif à terme, calendrier définitif à confirmer

Extension vers une capacité totale de 515 tonnes/an

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